‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 12 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sans laisser son adresse, que le Bon Lafontaine est un

de mes bons génies.

Hébal.

25 avril i834. Ma pauvre ville de Lyon est au fond d'un abîme d'où elle ne peut plus sortir. Il y avait là deux classes dont l'antipathie profonde, depuis longtemps, ne laissait aucun espoir de conciliation. Et cependant il eût fallu la plus complète harmonie pour que la ville fût en état de soutenir toutes les concurrences industrielles qui se multipliaient soit en France, soit à l'étranger. Les doctrines saint-simoniennes et les passions politiques, en précipitant le mouvement, ont amené l'irrémédiable catastrophe. Je vous disais qu'il y avait là deux classes en présence : c'est partout de même, mais nulle part elles ne se touchent de plus près. Peut-être aussi y a-t-il un souvenir intime des souffrances passées de la classe ouvrière et de l'oppression qui a pesé sur elle. Maintenant, on dirait que la force et l'intelligence aient émigré de la classe supérieure dans la classe inférieure, laquelle, dans cette circonstance, n'a pu être vaincue que par l'intervention violente de toute la force dont le gouvernement dispose. La classe qui avait à se défendre est, en quelque sorte, restée immobile et stupéfaite. Ainsi donc, désormais, la propriété et les capitaux vont manquer de bras pour les utiliser, comme les bras manqueront de propriété et de capitaux. Les bras et les capitaux ne pouvant plus être au service les uns des autres, il en résulte le licenciement forcé de la population industrieuse et industrielle. Nous voici donc obligés de consolider un 1688 bourgeois, mais qui doit être sans durée. A Lyon, la bourgeoisie s'est délaissée elle-même. A Paris, elle tient encore, mais elle se lasse. D'ailleurs tous sentent qu'il n'y a de possible qu'un provisoire disputé et angoisseux. Mais je n'ai ni le temps ni l'esprit de m'expliquer. Je compte écrire quelque chose dans la revue de Toulouse.

En attendant, je travaille, en quelque sorte de force, parce que je l'ai promis, à un article pour le Polonais.

M. de Kergorlay m'a dit qu'il vous ferait passer la Revue européenne sitôt qu'il l'aura reçue (i).

J'ai dit à notre baron (a) combien je l'avais trouvé sévère pourGuiuet.

Je me suis aidé à manger ma portion de ce pauvre petit animal qui paraissait encore occupé à brouter avec plaisir une pomme.

Quelques jours auparavant, j'avais fait un dîner frugal, tout seul, au Bon Lafontaine.

M. Pinard serait le bien reçu lors même qu'il ne viendrait pas de votre part ; jugez de ce que ce sera s'il se présente à moi en votre nom.

Je ne serais certainement pas en état de répondre, à présent, par écrit, à des questions philosophiques. Mais ayez l'extrême bonté de noter sur un cahier toutes les questions qui se présenteront à vous. Je ne tarderai pas de vous le demander. Voyez-vous, c'est un service que vous me rendrez. J'ai le plus grand besoin de connaître les remarques, les objections, les nécessités de développement pour certaines choses. Je vous répondrai, et tout en vous répondant, je verrai bien s'il y a des choses qui doivent figurer quelque part dans une préface de ce tant bel ouvrage qui sera la Ville des Expiations.

Vous êtes mille fois bien bonne de vous être associée à toutes mes tristesses et à toutes mes inquiétudes. Il est certain que pendant quelques jours je ne vivais pas. Je suis rassuré sur les personnes, mais les choses sont restées ce que ma première impression les avait faites.

(1) Le comte Jean-Florian-Hervé de Kergorlay, député de la Manche, membre du Conseil supérieur de l'agriculture, né en i8o3, mort en 1893. Il épousa M"« d'Hervilly.

(2) Le baron d'Eckstein.

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