‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 131 sur 139 · CHAPITRE XIII. 25l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 25l

sablenient modifié. Le temps devient mie condition de l'évolution palingénésique.

Je sais bien l'emploi de mes soirées, mais je ne sais pas encore l'emploi de mes matinées.

Vous êtes donc venue à Paris et je ne l'ai pas su, encore c'était à l'occasion d'une mort. Quand donc serons-nous débarrassés de la mort ?

Toutes mes tendresses à vous, à M. d'Hautefeuille, à M. Charles, et mille excellents souvenirs à M. Hetsch.

N'avez- vous pas quelque nouvelle course à faire à Paris ? Je voudrais bien en être prévenu afin de vous rencontrer quelque part. M^e Récamier n'ose pas désirer que vous puissiez apparaître à Passy.

Mille et mille tendresses.

HÉBAL

Pour le cénacle, l'année 1846 finit dans l'amertume, l'année 1847 commença dans la douleur. M""® de Chateaubriand mourut. Les lettres de Ballanche, de novembre à décembre 1846, la signalent comme souffrante, mais aucune d'elles ne porte trace d'une préoccupation quelconque. Cependant la femme du grand écrivain s'éteignit le 9 février.

12 février 47.

Mme de Chateaubriand a été déposée aujourd'hui dans le caveau qui lui était destiné, à l'infirmerie de Marie-Thérèse, si noblement et si courageusement fondée par elle. Ce caveau est dans la chapelle même. Elle sera là, au milieu des prières dont elle est l'origine, et dont elle sera l'objet. J'ai assisté à la triste et auguste cérémonie. La chapelle était pleine, quoiqu'il y ait eu à peine convocation.

J'ai eu un instant l'espérance de recueillir M. de Chateaubriand dans la maison même où je demeure, M. de Cha-

aSa BALLANCHE ET M™e d'hAUTEFEUILLE.

teaubriand l'eût désiré, ainsi que M™© Récamier, La propriétaire de la maison a un très beau et très grand rez-dechaussée qu'elle occupe seule, qu'elle n'a jamais eu l'idée de louer. Je suis allé la voir. Nous avons examiné ensemble pour voir s'il n'y aurait pas moyen de détacher un appartement suffisant et convenable. Elle a été parfaite. Elle a très bien compris ce qu'il y aurait d'heureux pour M. de Chateaubriand, pour M"^ Récamier et pour moi de nous trouver ainsi réunis.

Les obstacles sont venus après. Je ne désespère pas de les vaincre plus tard. J'ai réservé la bonne volonté de ma propriétaire. Gomme son appartement ne sera jamais à louer, nous pourrons toujours renouer ce projet, s'il est possible, par la suite.

En attendant, vous comprenez toute la difficulté de notre situation à tous.

L'accablement de M. de Chateaubriand est profond et serein. La tristesse de M™'= Récamier est infinie. M™« de Chateaubriand me disait, il y a si peu de jours : nous ne voyagerons plus ensemble ; et lui me disait aussi il y a fort peu de jours : j'ai passé toute ma matinée à refaire les voyages que j'ai faits avec mon plus ancien ami.

Il n'y avait qu'un moyen de refaire un peu cette vie brisée de tant de façons, c'était de tendre à nous réunir sous le même toit. Cela sera-t-il possible un jour?

Et puis, se réunir quelques instants pour se quitter de nouveau, si vite ! car nous sommes tous à un âge où il n'y a pas de longs projets d).

Il y a, près de nous, une autre vie cruellement brisée. M"'* de Fontanes avait une amie dont elle ne s'était jamais séparée un seul instant. Celte amie vient de mourir.

M™* Récamier a aussitôt imaginé de loger auprès d'elle la survivante. M™e de Fontanes vient dîner dimanche chez

(i) Quelques mois après la mort de sa femme, Chateaubriand offrit son nom à M"= Récamier, qui refusa ce dernier hommage.

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