CHAPITRE XIII
Je vous demanderai aussi le livre de M. Lenormant sur le huitième chapitre de la Genèse, relatif aux races.
Peut-être quand ce livre d'Orphée sera fait tel que je le conçois, vous reprendrez goût au poème du Déluge.
Alors , vous consentiriez peut-être à le développer dans ma donnée.
L'Abbaye-aux-Bois se défait de plus en plus. Nous passons toutes nos matinées chez M. de Chateaubriand. Nous lisons à huis clos les Mémoires. C'est M"** Récamier qui a imaginé cette lecture, afin de donner de l'intérêt à la solitude de M. de ChateauJ)riand. Et je crois qu'elle a fait un excellent calcul. J'en suis ravi pour mon compte , mais on ne sait plus où prendre M'"^ Récamier. Ceci joint à ses fréquentes névralgies et à sa réclusion du mois prochain constituent une ère toute nouvelle.
Et nous sommes bien tenus de ne point parler de ces lectures à huis clos.
Je vois peu M. Lenormant, occupé de tant de choses.
Pourtant, il me paraît bien qu'il n'y a aucun chant populaire de la Vendée. M. de Chateaubriand m'en a parlé dans ce sens , lorsque je l'ai consulté.
Je comprends le chagrin de la famille Landeau , et j'y prends bien part. J'avoue que si cela était arrivé pendant qu'il battait le pavé de Paris, j'en aurais moins gémi, mais à présent c'est fort triste.
Ainsi donc , quant à mes lettres , tenez- vous l'esprit en
repos. Il suffit, pour le moment, que nous sachions où les
trouver en cas de besoin.
Toutes mes tendresses.
Hébal.
La mort d'Alexandre Guiraud avait laissé un fauteuil vide à l'Académie française; les amis d'Ampère songèrent aussitôt à lui pour l'occuper, et il fut nommé le 22 avril, au deuxième tour, par
256 BALLA.NCHE ET M'^^e d'hAUTEFEUILLE.
20 voix contre 16 à Vatout, sur 38 votants. Ballanche eut à peine le courage de fêter cet heureux événement, tant les santés de ses amis le préoccupaient. « Sauf Ampère, rendait-il compte à jyjme d'Hautefeuille, qui ne se lasse pas de son bonheur, il y a bien des tristesses autour de nous. »
26 avril 47-
J'ai fait part de vos félicitations à Ampère.
Jeudi dernier, le salon de M"« Récamier ne désemplissait point. IL vous est impossible de vous figurer la joie de l'élu. Il faut être juste, le triomphe était beau. M. de Chateaubriand grimpant un vrai escalier de casse-cou pour apporter son vote. M. Brifaut ne sortant que pour se traîner à l'Académie. M. de Barante, menacé d'un deuil si prochain, que sa belle-fille est morte aujourd'hui même; M. Mole et M. de Saiut-Aulaire, dans l'affliction, et venant voter, etc....
C'est aujourd'hui que devait avoir lieu l'opération si vivement désirée, quoiqu'avec trouble. Samedi, M™« Récamier a eu un assez vif accès de névralgie. On crut prudent d'ajourner de quelques jours. Et ce soir encore elle a eu un nouvel accès, quoique plus léger. M. Récamier croit que la saison dispose aux névralgies, et il est d'avis d'ajourner jusque vers le milieu du mois prochain.
Tout ceci est bien triste.
Je n'ai point écrit à AI. de Sivry.
Je n'ai point encore lu les Cathelineaii (i).
Les journées s'enfuient. Cependant, je persévère dans mon travail; une heure et demie, ou deux heures, de deux jours l'un : c'est ce qui fait mon salut dans ces jours de vraie désolation.
(i) Les Cathelineau, par Anna-Marie. Cet ouvrage ne parut en volume qu'en i855. Il fut publié auparavant dans le Correspondant du 25 avril au 10 juillet iS4;.