CHAPITRE xiii. aSy
M"» Lenormant a été très souffrante. M. Lenormant a failli avoir une vraie maladie.
M. de Chateaubriand vient, à présent, tous les jours chez M™" Récamier. Celte reprise de si anciennes habitudes est plus touchante que je ne puis le dire.
Jeudi dernier, Mme de Lamartine est venue. Elle avait
l'air d'une pauvre ombre qui se glisse parmi des vivants.
Elle n'a causé qu'avec M"»' Récamier, qui est la sympathie
même.
Toutes mes tendresses.
Hébal.
3 mai 47- Ce matin, à sept heures et demie , M. Blandin est venu, assisté de ses deux aides. Il était venu hier pour tout disposer. L'opération a parfaitement réussi. Elle a vu, et de suite on lui a bandé les yeux. Il paraît même qu'il n'y a eu aucune souffrance, ni petite ni grande, tant cela a été prompt. Elle était seule, et je ne sais rien que par Fanny, qui était en sentinelle. De suite , Ampère et M. David se sont mis à annoncer la bonne nouvelle, et moi, je m'empresse de vous l'écrire.
Mille tendresses.
Hébal.
i8 mai 47- Nous ne sommes pas au bout de nos tribulations. M™* Récamier continue de ne point voir, et malgré les justes espérances , et même les certitudes , il ne peut pas y avoir de repos réel; le découragement survient toujours de temps en temps.
Le pied de M. d'Hautefeuille demande à être ménagé. Je crois M. Constant un excellent médecin.
Il y a des jours où ma vie physique est dans une sorte d'atonie. Le jour où vous êtes venue était un de ces jours. Sans cela, je vous aurais expliqué mon plan de travail :
258 BALLANGHE ET M'"« d'hAUTEFEUILLE.
ce sera pour un autre jour. Mon cerveau et mes yeux sont parfaitement intacts , mais tout le reste est bien vieux. Mon intelligence est servie par de tristes organes. Au reste, cela a toujours été ainsi, ma pensée a toujours été plus forte que moi. Seulement, cette disharmonie augmente avec l'âge.
Je n'ai point vu la Judith. Je n'ai point lu les Girondins. Je sens que ce que vous me dites du livre et du tableau est d'une parfaite exactitude.
Je vois que votre optimisme commence à fléchir. Le mien est en pleine déroute.
Il faut achever de mourir pour ressusciter.
Je crois qu'en eft'et M. Guillemon aurait eu besoin d'un autre milieu, mais, à présent, il serait beaucoup trop tard.
Je félicite notre bachelier de son cheval.
Mille bonnes tendresses.
Hébal.
3 juin 1847.
J'ai reçu de bonnes nouvelles de Justin Maurice, et je lui ai écrit hier. Je lui ai donne des nouvelles de M. d'Hautefeuille dont je sens bien vivement la tristesse que doit lui faire à lui et à vous tous le refus d'action de ses pauvres jambes. Je crois cependant qu'il n'en est pas arrivé au point où en est M. de Chateaubriand depuis assez longtemps , ce qui ne l'a pas empêché d'entreprendre un petit voyage. Avant-liier, il est parti pour Malesherbes avec M. Vertamy. Hier, M""^ Récamier a reçu de ses nouvelles, de Fontainebleau. Elles sont très bonnes. C'est M. Vertamy qui a écrit quelques mots, car M. de Chateaubriand est absolument privé de toute faculté d'écrire. Le jour de l'élection d'Ampère, c'est moi qui ai écrit son bulletin.
jyjme Récamier a été très souffrante tous ces jours-ci. Ce matin, on m'en donne de meilleures nouvelles. Hier, elle était assez découragée , ce qui lui arrive quelquefois. Elle