‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 14 sur 139 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Avec moins de brio, mais plus de profondeur, Ballanche observait dans la Revue européenne (t. XXXIII) :

« On peut considérer ce livre, en certains endroits et môme dans tout son ensemble, comme une peinture mystagogique dont les emblèmes quelquefois doux, plus souvent terribles, ne doivent être pris au pied de la lettre. Ainsi, dans les Paroles d'un croyant, tout doit être apprécié en dépouillant chaque chose des proportions gigantesques, exagé-rées, indéfinies, d'une séance d'initiation. Toujours les grandes visions, les puissantes évocations, les prosopopées plastiques d'une énergique synthèse, mêlent dans l'esprit l'épouvante et l'espérance. »

Il ajoutait à M™^ d'HautefeuilIe :

i8 mai i834.

Ce qui faisait que j'étais un peu en peine d'être sans nouvelles de vous, c'est parce que vous deviez me faire des questions. Non pas que je fusse disposé à y répondre immédiatement, mais j'y aurais pensé.

J'ai été ravi de voir M. d'HautefeuilIe, et vous me faites concevoir l'espoir de vous voir vous-même un instant le mois prochain. Dieu soit loué.

Savez-vous que vous êtes un peu enthousiaste relativement à mon article sur les Mémoires<*) ? Mais vous faites très bien de me dire que je ne faiblis pas. J'ai quelquefois besoin d'en être persuadé pour continuer ma rude tâche. Je vois à quel point mon nom s'élève, et cela m'effraie. On finira par attendre de moi plus que je ne pourrai donner.

(i) Cet article de Ballanche parut dans la Reçue européenne, avril i834, t. VIII.

26 BALLANCHE ET M™* d'hAUTEFEUILLE.

Aussi, votre sentiment, quoiqu'un peu exagéré, à mon avis, me fait toujours du bien, parce que je sais que vous êtes parfaitement vraie.

J'ai donné à la Revue un article sur l'abbé de la Mennais. J'ai cru que c'était un devoir d'amitié et aussi un devoir d'une autre sorte. Vous voyez que j'accepte la solidarité qui vous effraie un peu pour moi.

J'ai vu votre jeune précepteur. Il m'a paru très bien. Je lui ai prêté pour vous un article sur la peine de mort. Cet article est fait depuis des éternités. Je l'ai donné sans le relire, et je n'en ai pas revu les épreu^ves. Ainsi, à la garde de Dieu.

J'ai aussi remis à votre jeune précepteur un manuscrit autographe que je vous prie de conserver en mémoire de moi. C'est le premier jet d'un épisode de la Formule générale. "Vous y retrouverez Virginie qui a eu le bonheur de vous plaire.

En vérité, je crains que vous ne soyez trop superstitieuse à mon égard. Il y a dans le monde un certain nombre de personnes qui, comme vous, me font une renommée sous laquelle je dois plier. Lorsque l'amitié s'en mêle, je ne dois pas me plaindre, mais je dois entrer en défiance. Je commence à regretter un peu mon ancienne obscurité. Tout m'était bien plus facile alors.

Votre jeune précepteur m'a dit que vous désiriez connaître mes impressions sur les Paroles d'un croyant. Vous n'en saurez qu'une pai'tie dans l'article que j'ai donné à la Revue. Mais au fond, et ce qui domine tout, c'est le symptôme d'un malaise incurable, malaise dont le livre de notre cher abbé est une déchirante et chrétienne expression. Ainsi, je ne le considère point comme im prophète de l'avenir, mais comme un prophète du présent.

Etudiez les événements de Lyon qui sont aussi une prophétie du présent.

La force morale qui émigré du camp de la bourgeoisie

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