CHAPITRE II
dans le camp de la classe qui vient après. Un gouvernement obligé d'employer la force vive pour venir au secours de la force, force morale insuffisante. A Paris, la troupe de ligne a secondé la garde nationale. A Lyon, la troupe de ligne a seule agi. Et Lyon, puni par la Chambre d'ime situation qui est dans les choses. La révolution de i83o qui a placé le pouvoir dans la bourgeoisie, et la bourgeoisie qui déjà ne peut plus le conserver sans une armée de 36o,ooo hommes.
Ainsi les Paroles d'un croyant et la catastrophe de Lyon ne sont pour moi que le même événement, dans l'idée et dans le fait, en d'autres termes, l'abstrait et le concret, qui se sont produits en même temps.
Le^ morts vont vite, et il faut bien que le mystère de la mort finisse de s'accomplir pour que le mystère de la résurrection puisse se produire à son tour.
Lorsque vous m'écrirez, parlez-moi de votre tête, de vos
yeux, de Monsieur votre fils.
Hébal.
La santé de Ballanche, ébranlée dès sa jeunesse par les maladies et les chagrins, avait des intermittences singulières. Elle était excellente ou détestable. Dans ses bonnes passes, il se livrait au travail complètement, sans que souvent il y parût aux yeux de ses amis, car il travaillait surtout au milieu des autres ; puis soudain le mal l'accablait avec rudesse et le pauvre homme disparaissait. C'est à la suite d'une crise semblable qu'il écrivait ces lettres :
10 juillet i834-
Vous êtes mille fois trop bonne de vous être inquiétée de ma santé.
M. de Kergorlay a eu la bonté de me venir voir plu-
sieurs fois, et il a dû vous dire que j'allais de mieux en mieux.
11 a eu la bonté de me venir voir l'avant-veille du jour où il se disposait à aller passer ime journée auprès de vous.
Ainsi, je pense que vous êtes parfaitement rassurée sur moi.
Je ne suis plus qu'un peu faible. Au reste, j'ai été vivement, mais non gravement frappé. Le travail n'y a été pour rien ; c'est un certain état hostile de l'atmosphère qui m'a saisi dans un moment où jamais je ne m'étais mieux trouvé de santé.
Si je ne vous écris pas plus au long, c'est parce que j'aurais trop de choses à vous écrire.
Un mol cependant. M. de Lamennais a fait une trouée qui me facilite beaucoup. J'aurai moins de détours à faire pour arriver au corps de la place.
M. Lacordaire a pris une position qui n'est pas tenable. Et, philosophiquement parlant, il a soutenu une thèse absurde (0.
Mille et mille actions de grâces pour tout votre si aimable intérêt. Et veuillez bien offrir, de ma part, à M. d'Hautefeuille l'expression de tous mes sentiments les plus élevés.
Hébal.
i6 août 34.
Je vous ai écrit, avant-hier, une lettre qui doit vous être parvenue. Je vous y disais que le mal avait eu encore un petit mot à me dire. Je recommence à manger, et aujourd'hui, pour la première fois, je suis sorti un instant. J'espère que cette fois mon compte sera définitivement soldé. Je suis fâché d'apprendre que M. d'Hautefeuille et M. Char-
Ci) Lacordaire avait ouvert au collège Stanislas des conférences qui effrayaient fort l'autorité universitaire.