CHAPITRE II
les se soient trouvés aussi pris par cette contagion atmosphérique. Dieu soit loué qu'ils en aient été quittes à meilleur marché que beaucoup d'autres. Et vous, que vous avez été bien inspirée de rester à l'abri !
J'ai vu, ces jours derniers, le baron qui était allé chez M'"' Swetchine qui était déjà partie le matin. Vous voyez qu'elle a encore précipité son départ. Moi, j'étais au lit ce jour-là. Je comptais bien avoir jusqu'au jeudi ; mais je n'aurais pas encore pu la voir, puisque je suis sorti aujourd'hui samedi pour la première fois. Hier, j'aurais pu sortir en voiture, mais jeudi cela m'eût été complètement impossible. Il fallait donc qu'elle partît sans recevoir mes adieux ! Toutefois, je persiste à croire qu'elle n'ira pas en Russie. Elle errera quelque temps en Allemagne, puis elle nous reviendra. J'espère bien alors la voir et couper, si je le puis, l'herbe sous les pieds à l'abbé Lacordaire.
Je crains bien que nous ne finissions par perdre l'abbé de Lamennais. Voici M. de Montalembert qui lui écrit de l'Allemagne pour lui proposer un voyage. 11 se laissera tenter. L'abbé Gerbet ne m'écrit point. J'ai conquis un abbé de plus, et c'est un abbé qui se propose de faire à la Sorbonne le cours d'histoire ecclésiastique, si on veut bien le laisser faire.
Mes souvenirs les plus tendres à M. d'Hautefeuille et à M. Charles.
J'écris brièvement, mais je vous prie de m'écrire un peu plus longuement puisque vous êtes en pleine possession de votre tête. La mienne n'est pas mauvaise, mais je la tiens encore au régime.
J'embrasse respectueusement vos blanches mains.
Hébal.
27 août 1834.
Ce temps qui, sans doute, vous déplaît beaucoup, et qui ajourne tout projet de campagne, facilite beaucoup ma
3o BALLANGHE ET M""* d'hAUTEFEUILLE.
convalescence. J'espère cependant qu'il reprendra quelque sérénité, que nous aurons encore de beaux jours, mais de beaux jours d'automne. Je pourrai alors reprendre l'exercice de mes facultés, sans inconvénient pour ma santé. En général, l'automne est ma meilleure saison. J'ai un désir immense de Unir mes publications. Sainte-Beuve prépare sur moi un article pour la Revue des Deux Mondes. Je crois que cet article sera très bien. Il y travaille, j'ose dire avec amour. Je trouve que vous avez raison sur son livre ; mais n'est-ce pas là un type vivant de notre situation en toutes choses ? Puissance et impuissance.
Je viens de lire une brochure qui est bien un symptôme au delà des Paroles d'un croyant. Une saint-simonienne qui a fini par le suicide a écrit une brochure qui a été imprimée après sa mort, par une autre saint-simonienne, qui n'a pas craint d'en prendre sur elle toute la responsabilité. Dans cette brochure, toutes les bornes possibles de la pudeur sont franchies. On y demande l'abolition complète du mariage, la promiscuité absolue des sexes, la filiation par la mère, le père devant rester incertain, par conséquent inconnu.
Je relis Ahasvérus. Entre nous , il baisse dans ma pensée.
Lélia, Volupté, Ahasvérus, l'infamie des conséquences saint-simoniennes, mille choses me font comprendre qu'on a besoin de mes idées sur le passé et sur l'avenir de la société.
Dieu me soit en aide !
Mille respectueux et affectueux souvenirs.
Je n'appellerai plus Charles Monsieur ; je laisserai ce soin à d'autres. Mais qu'il travaille à devenir un homme, car il appartient à une génération où les hommes seront bien nécessaires ! Ceci ne veut pas dire que je m'oppose à l'émancipation de la femme.