CHAPITRE III. 4l
Vous voyez qu'à présent je joue à l'Acadénùe comme aux échecs. Les choses ainsi réduites à être ime simple partie d'échecs, c'est assez amusant. Il n'y a plus que l'intérêt du jeu.
Maintenant que je vous dise. Je suis devenu désintéressé dans cette partie. Je la laisse en quelque sorte jouer par le public. Le succès que je pouvais désirer est obtenu. Ma candidature, à mon avis, a réussi en dehors de l'Académie. Je voudrais que M. de Salvandy passât, uniquement pour réparer le tort que je lui ai fait; je l'espère un peu, mais pas beaucoup. Mais cela est assez indifférent en soi. Tôt ou tard, le x\iw siècle sera chassé de tout pour faire enfin place au xix« siècle.
Voici bien des explications. Une chose qui me tient beaucoup plus au cœur, c'est ce nouveau jour psychologique que je vois se lever à Saint- Vrain. Ceci est plus important que vous ne croyez. Je vous en parlerai une autre fois. Ayez confiance et travaillez.
Je suis par la pensée au sein de l'ermitage.
Hébal.
25 mars i835.
J'ai fait remettre, hier, chez M. de Kergorlay, un petit paquet qui a dû vous parvenir par votre messager ou aujourd'hui par M. Wilson.
Maintenant que j"entre dans xme renommée un peu moins restreinte, on commence à me prendre pour objet de spéculation. Et l'on songe à une édition de grand luxe et à bon marché de mes ouvrages, avec ce que l'on appelle des illustrations, c'est-à-dire avec de belles gravures. Vous serez étonné, sans doute, que l'on veuille s'occuper d'une nouvelle édition avant que les premières soient achevées. Gomme l'on veut de belles gravures, en grand nombre, un vrai monument d'art , il faut s"y préparer d'avance. Or, il faut commencer à faire les devis; et voici quinze jours
42 BALLANCHE ET M"« d'hAUTEFEUILLE.
que l'on y travaille, parce que l'ou ne veut pas aller à l'aveugle, et qu'il s'agit de fixer le format, de déterminer les dimensions des gravures pour avoir tout à la fois le prix du dessin et de la gravure.
Sitôt que toutes ces choses seront fixées, on se mettra, en même temps, à finir les éditions actuelles, et à préparer, même peut-cire à commencer l'édition future et définitive.
Je complais être beaucoup plus tôt en état de vous parler de ces choses, avec quelque détail, et malheureusement les devis seuls prennent beaucoup de temps.
J'avais le projet d'aller hier chez M™'' Le Tissier, mais je n'ai pas pu. En vérité, il n'y a de commode que les habitudes, à moins que l'on ail une bonne voiture, et que l'on se mette à distribuer des visites.
Si vous étiez eu ce moment à Paris et que vous voulussiez suivre l'impulsion générale, vous auriez tous les jours un sermon à entendre.
Dites, je vous prie, à M. Sivry (0 qu'il commence par étudier la Bible dans la Vulgate : cela le mènera assez loin. Qu'il profite de sa facilité d'étudier les langues, mais qu'il sache bien que l'hébreu ne suffit pas, et qu'il faut qu'il entre dans plusieurs langues de l'Orient. Mais je voudrais que ces éludes fussent complémentaires au lieu d'être préliminaires. Qu'il commence donc à faire de la poésie et qu'il ne laisse pas passer, pour lui, l'âge de la poésie. S'il n'agit pas ainsi, il court le risque de devenir orientahste et de cesser d'être poète.
Je vous demande mille pardons d'avoir gardé si longtemps vos manuscrits ; j'espère que ce retard n'aura pas nui parce que vous avez autre chose à faire.
Je persiste à croire qu'il sortira de votre merveilleux
(i) M. Louis de Sivry était fort lié avec M°" d'Hautefeuille et Ballanche. Il a écrit Borne et l'Italie méridionale. Paris, i843; Précis historique de Saint- Germain en Laye (s. d.), et en coUaboratioa un Dictionnaire géographique, historique, descriptif. 2 vol. Paris, i85i.