‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 26 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Puisque vous avez le projet de venir faire une pauvre petite apparition à Paris, tâchez que ce soit dans le courant de ce mois. Sans cela, vous courriez le risque de ne trouver personue. Comprenez -vous combien ce serait triste ?

J'ai eu le plaisir de voir M. de la Gervaisais. 11 vous aime bien tendrement. Il vous plaint presque de ce que vous êtes obligée de ne pas vouloir le voir. Sa fureur augmente contre le genre hmnain, de ce que le genre humain n'est pas tout entier aux pieds de sa princesse. Dieu le préserve d'en devenir fou !

Je ne saurais vous dire à quel point vous avez réussi à l'Abbaye-aux-Bois. Vous y êtes fort aimée , en attendant que vous y soyez admirée. Je ne vous ai point trahie, mais j'espère bien qu'au moins votre solitude vous servira à cela. Nous serons votre premier public , et l'autre vous arrivera.

Je ne vous parle ni du procès, qui bientôt va cesser de nous occuper, ni de l'intervention qui va nous absorber un moment.

Et notre jeune poète, où en est-il ?

Mille respectueux et tendres souvenirs à toute la petite

Thébaïde, et songez que si je ne dis rien, je n'en pense

pas moins.

Le vieux Hébal est à vos pieds.

Hébal.

M"*^ Récamier a vu M"* Swetchine. Moi, je l'ai vue plusieurs fois. J'ai souvent de ses nouvelles, lorsque je ne la vois pas. J'interroge beaucoup sur elle. Mes inquiétudes malheureusement ne diminuent point.

Il paraît que la santé de M""* de Kergorlay s'améliore.

i8 juin i835.

Vous ne me dites point si vous devez venir nous faire une visite à la fin du mois.

5o BALLANGHE ET M'"« d'hAUTEFEUILLE.

Mme Swetchine est toujours dans la même situation alternative. Et cependant, au fond, je crois à un mieux ; mais je suis loin d'être rassuré.

J'ai lu cet article du Temps, mais je veux tâcher de lire le livre. Entre ces hommes et moi, c'est toujours la même question, à savoir si l'humanité est dans un état normal, ou si elle en est sortie pour y rentrer. Le doute , vous le savez, a commencé à mordre sur notre pauvre croyant. Mon Dieu ! ce qui m'effraye de plus en plus pour moi, c'est que je deviens une nécessité du temps. Et que suis-je pourtant ?

J'ai conduit hier l'abbé Cœur chez M"^ Récamier. Encore un homme excellent !

Mais savez-vous bien que ce que l'on appelle la puissance de la sacristie prend de l'ombrage sur nos trois premiers prédicateurs du carême dernier ? Le pauvre abbé Lacordaire n'a pas pu conquérir encore la pleine confiance de la sacristie. C'est la sacristie qui a tué notre cher abbé de Lamennais.

Nous nous attachons beaucoup à M. de Lamartine. Lui aussi est excellent , et il est parti blessé de l'épreuve qu'il vient de subir. Voyez-vous , les hommes s'usent vite avec un tel frottement. Rendez votre affection à M. de Lamartine et à sa noble et douce femme. M""" Récamier les aime beaucoup, et moi je leur suis tendrement attaché.

Savez-vous que M. d'Haute feuille a fort réussi auprès de M""* Récamier ? Quant à vous, c'est une autre affaire : il y a réciprocité parfaite entre vous et elle.

Je n'ai point encore examiné votre précieux manuscrit. Savez-vous que je me suis laissé engager à faire l'article « Dieu » dans le Dictionnaire de la conversation ? L'éditeur a heurté à toutes les portes avant de venir frapper à la mienne. Il ne savait plus où donner de la tête, et je me suis résigné. C'est un livre où écrit l'abbé Gerbet : voilà qui m'a ébranlé. Depuis longtemps, je sentais que l'ordre

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