CHAPITRE III. 5l
des preuves de l'existence de Dieu avait besoin d'une rénovation complète : c'est ce qui m'a déterminé. Mon article sera très court, parce que je n'ai pas le temps de le l'aire long. Mais il indiquera une voie nouvelle, et le livre a 45,ooo souscripteurs. J'espère que vous m'approuverez d'avoir cédé à la tentation de commencer, sous ce rapport, l'éducation de 45,ooo souscripteurs.
Je vous quitte pour aller au mariage de M. de Raigecourt avec la belle Napolitaine.
Mille tendres souvenirs à toute la colonie.
Hébal.
La température chasse M"'*' Récamier de Paris. Avec sa cour habituelle, elle part pour Dieppe, où l'attend Chateaubriand.
2 juillet i835.
Je pars demain matin. Nous allons à petites journées. Nous serons à Dieppe le cinquième jour. Nous en repartirons vers le 25 de ce mois. Mon adresse, tout ce temps, sera donc à Dieppe, Seine-Inférieure.
J'ai vu, hier soir, M™* Swetchine; elle était mieux. Elle commence à sortir un peu en voiture , pour prendre l'air. Un de ces soirs, je l'ai trouvée seule, et je lui ai exposé la donnée de mou article Dieu. Elle en a été très frappée. Cet article n'aura pas plus de trois pages; mais je crois qu'il deviendra le point de départ d'une nouvelle série de preuves. Il est bien possible que je fasse moi-même les développements. Dans tous les cas , la chose existe à présent.
J'ai parlé à M™« Swetchine de la Vierge de Gaza. Elle en a été réellement très satisfaite; j'en étais bien sûr. Je l'ai lue moi-même, et je ne vois pas , quant à présent, ce qu'il y aurait à y faire. Je l'emporte avec moi, pour l'examiner de plus près, et pour la lire à M'"* Récamier.
52 BALLANCHE ET M""* DHAUTEFEUILLE.
Voici un fait bien singulier. On imprime, en ce moment, une traduction anglaise d'Orphée, à Angers. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le traducteur, qui ne serait pas en état de faire les frais de cette impression, a trouvé, dans Angers, un nombre suffisant de souscripteurs pour y pourvoir.
M. de Kergorlay tâchera de s'arranger pour vous aller voir, puisque vous ne venez pas.
Je compte bien travailler à Dieppe. C'est là que j'ai écrit le manuscrit que vous avez entre les mains. J'y ai écrit aussi la Vision d'Hébal.
Mille respectueuses tendresses à toute la colonie.
Par distraction, je signe mon nom exotérique.
Dieppe, 27 juillet i835.
Je vous écrivais avant de partir pour Dieppe, voici que je vous écris avant de partir pour Paris. Oui, en eftet, je pars ce soir pour Paris, et je pars seul.
Ainsi voilà, dans quelques heures, Dieppe devenu encore un passé. Et notre pauvre vie se compose de passés qui se succèdent jusqu'à ce que la vie elle-même soit un passé.
M. de Chateaubriand nous a lu de magnifiques choses. Un chant de sa traduction de Milton, qui avance, et qui sera, vous pouvez en être certaine, une véritable conquête pour la langue française. Il nous a lu aussi des épisodes de ses Mémoires, qui sont aussi merveilleusement beaux. Cet homme devrait bien dégoûter d'écrire ceux qui n'écrivent que pour écrire. Quant à moi, je renoncerais bien vite au métier d'écrivain, si je n'étais qu'écrivain. M. de Chateaubriand est parti samedi. Et c'est par lui qu'a commencé le passé de Dieppe.
]y[me Récamier prolonge son séjour. Elle reste avec Ampère et iM. de Noailles. Ils iront passer quelques jours à