CHAPITRE
Maintenon. Il est fort possible que j'aille .'uissi passer quelques jours à Maintenon. Mais je vais à Paris. J'y serai certainement jusqu'au lo août. Ain.si vous voyez qu'il est possible que voire voyage se trouve concorder avec mou séjour. Mais, dans tous les cas, si je vais à Maintenon, ce sera pour peu de jours. M. de Chateaubriand doit y venir aussi. Nous y trouverons le duc de Laval. Vous savez peut-être qu'il a eu un grand chagrin. Sans cela, il aurait fait partie de la petite colonie de Dieppe. Sa petile-fille, M"« de Mirepoix, jeune personne belle et charmante, est morte,
Nous nous sommes si bien trouvés à Dieppe, cette année, que nous parlons de fuir les chaleurs de l'été à Paris, et de revenir, l'année prochaine, ciiercher les brises de mer. Serait-il impossible que vous y vinssiez aussi ? Notre petite colonie en acquerrait bien du prix. Et vous vous retremperiez dans vos anciennes passions pour la mer.
Nous avons trouvé ici l'abbé Lacordaire. Nous ne nous expliquons pas bien encore cet abbé. Cela viendra peutêtre. Mais nous en sommes restés à l'abbé de Lamennais, à l'abbé Gerbet (i), à l'abbé Cœur (2), à l'abbé de Lamennais quand même.
M. d'Hautefeuille a dû faire un bien triste voyage. J'espère quïl n'y a pas danger pour cette sœur qui doit vous ramener à Paris,
Je suis aussi inquiet pour M™^ de Kergorlay ; cette pauvre santé me paraît bien menacée.
Nous avons vu ici M. Tourgueniefl" qui nous a donné des nouvelles de M^e Swetchine. C'est toujours la même chose. Et j'avoue que je suis loin d'être rassuré. Je vous donnerai de ses nouvelles, de Paris.
(1) L'abbé Gerbet, un des principaux disciples de Lamennais, dut sa notoriété à la publication de Rome chrétienne. II devint en i853 évèque de Perpignan.
(2) L'abbé Cœur, prédicateur très en vogue à cette époque, fut évèque de Troyes en 1848.
54 BALLANCHE ET M."''' d'hAUTEFEUILLE.
Pour la première fois, je n'ai rien écrit à Dieppe ; mais je n'avais pas le projet d'y rien écrire. J'y ai fait mie sorte de travail qu'il fallait bien que je fisse, celui de me relire d'un bout à l'autre. C'est bien encore là un passé. Que de choses m'ont étonné ! Combien que je croyais avoir à dire et que j'ai dites ! Combien d'autres que j'ai promis de dire, et dont j'ai perdu la trace ! En vérité, ma frayeur augmente ; mais je crois que mon courage augmente aussi. Jusqu'à présent, je n'ai pas eu besoin de courage ; maintenant, il m'en faut. Mais j'en aurai, et ma santé m'y convie. Jamais je n'ai eu une meilleure santé. C'est un secours que Dieu m'envoie.
Baisez pour moi, je vous prie, le front si pur de M. Charles. Mille tendres compliments à M. d'Haute feuille. Des souvenirs et des encouragements à notre jeune poète. Je baise respectueusement les mains à l'auteur de la Vierge de Gaza.