‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 29 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ballanche rentre dans Paris juste pour assister au résultat de l'attentat commis par le Corse Fieschi, c'est-à-dire la triste cérémonie où l'on pouvait voir un enterrement de quatorze corbillards, dont le premier était celui d'une jeune fille et le dernier celui d'un maréchal de France. Le gouvernement répondit à ce crime par des mesures de rigueur sous forme de lois contre la presse ; l'une entre autres était particulièrement draconienne. Le placide savant écrivit aussitôt à M™® Récamier en jugeant mauvais ce calcul du pouvoir, ajoutant que ceux pour lesquels on a de la condescendance n'en savent aucun gré et que ceux contre lesquels on veut faire de la force s'exaspèrent de plus en plus(^>. Il en parlait ainsi à M™'' d'Hautefeuille :

5 sept. i835.

Je ne sais comment cela est arrivé, mais enfin c'est ainsi. Je n'ai jamais pu pénétrer ni Saint-Martin ni Swendenborg. C'est sans doute la forme qui s'y est opposée. II y a dans mes ouvrages une noix que Sainte-Beuve avoue ne pouvoir casser ; mais ma forme l'attire.

Toutefois, j'ai beaucoup de Swendenborg et, demain

(i) Lettre citée par Edouard Herriott : Af"^ Récamier et ses amis. Paris, 1904. Cet ou^Tage est le meilleur et le plus complet qui ait été écrit sur la belle Juliette.

56 BALLANCHE ET M™ d'hAUTEFEUILLE.

matin, je vous chercherai tout ce que j'ai de lui, et d'autres.

Savez- vous que vous avez très grand tort de ne pas croire en vous? Soyez bien certaine que vous avez rencontré votre forme, et que c'était cela seulement qui vous manquait.

J'ai dit à Mme Récamier toute votre occupation d'elle et de sa santé. Elle va vous aimant de plus en plus. Hier, elle était mieux, mais elle a été assez souffrante tous les jours derniers. Je crois beaucoup que la saison y a été pour une bonne part.

Mme Swetchine va réellement mieux.

M"^ de Kergorlay attend.

Je suis allé mercredi avec M. de Kergorlay à la Jonchère, et demain je dîne chez lui avec Gauter.

Je veux vous dire en deux mots mon impression sur les fameuses lois. Ici, ce que je sens est opposé à ce que je pense. Vous vous rappelez peut-être ce que je dis, dans le livre des Institutions sociales, de l'antagonisme des mœurs et des opinions. Eh bien, c'est la même thèse. Mon sentiment moral désire la répression de la presse ; mon opinion veut sa complète émancipation. Et je commence à croire que les lois actuelles nous amèneront non point à la solution de la question, que je crois insoluble pour longtemps, mais à la juste, précise, loyale position de la question.

Vous le voyez, déjà les défenseurs de la presse ont accepté l'accusation d'abus et de folie ; d'un autre côté, les défenseurs des lois ont accepté l'abus du pouvoir, c'est-àdire l'accusation.

Voici donc l'idée vers laquelle je crois que l'on va graviter dès à présent.

Deux parts seront faites à la presse, et l'on ne l'émancipera plus qu'à cette condition.

Elle rentrera dans sa pleine liberté, à la charge de répondre devant les tribunaux de tous les délits caractéri-

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