‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 31 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Voici un de mes axiomes : « L'homme vit de préjugés. » C'est ce qui explique comment un nom est si diflîcile à se former, parce qu'un nom , lorsqu'il se produit pour la première ibis, lorsqu'il est sans antécédent, c'est-à-dire sans signification , ce nom ne dit rien. L'anonyme est chose bien plus aventurée encore. Alors, lorsqu'il y a bonne volonté de porter uu jugement, vous pouvez presque prévoir à coup sùi- que le jugement sera l'aux. Croyez-moi, c'est cela seul qui explique comment on a pu voir quelque ressemblance avec M°"» Cottin. L'erreur me semble bien grossière pour un esprit aussi lin.

Quoi qu'il en soit, ayez l'extrême bonté de m'envoyer le manuscrit avec le jugement. Nous verrons bien.

Il ne faut point récuser les jugements de l'amitié. Ils ont plus d'éléments vrais pour se former. Ils vont du connu à l'inconnu, ce qui est une bonne condition On s'aveugle peu pour soi-même , on s'aveugle moins encore pour ses amis. Un intérêt très réel finit toujours par être très clairvoyant. Voyez donc si je m'avise de récuser vos jugements ! Je m'en garderais bien. Je ne dis pas qu'il ne puisse y avoir quelque erreur favorable , mais où en serions-nous si cette erreur même ne reposait pas sur quelque chose de vrai?

Je suis bien loin de vous déconseiller l'anonyme le plus complet, ou le pseudonyme le plus voilé ; nous verrons à tourner la difficulté.

Ne songez ni à Gosselin, ni à Renduel. Il me semble que je préférerais Ladvocat, lequel est le premier pour la mise en scène. Il s'agit d'arriver à lui. Nous verrons.

Ne soyez point en peine de la santé de M^e Récamier et croyez à sa sincère affection. Vous ne pouviez pas ne pas vous convenir l'une l'autre.

M. de Kergorlay est en voyage , ainsi que M™* de Kergorlay. Vous avez sans doute de leurs nouvelles.

Il y a déjà quelque temps que je ne suis allé chez

6o BALLANCHE ET M""^ d'hAUTEFEUILLE.

M'"« Swetchme; elle est venue, un de ces jours, chez Mme Récaniier. Sa santé se soutient.

La mienne est excellente. Il faut que je me hâte d'en profiter.

Continuez d'écrire, et je vous l'ai dit parce que c'est vrai, il y a progrès réel. Vous êtes, du second pas, arrivée à un style , chose rare dans tous les temps , et peu commune dans celui-ci.

Mille et mille tendres et respectueuses amitiés à tout Saint- Vrain, l'Abbaye-aux-Bois du désert. Hébal.

M. d'Eckstein est venu, ces jours-ci, à l'Abbaye-aux-Bois. Nous étions en tout petit comité. Le baron a été trouvé un peu et beaucoup médisant. Il ne sait pas combien on est bienveillant là.

L'Hiérophante, comme Chateaubriand appelait Ballanche, s'essayait à former entre M"'*' Récamier et M™" d'Hautefeuille un nœud bien serré d'amitié. Ce fut une des grandes préoccupations de sa vie, mais dans le salon de l'Abbaye-aux-Bois, il n'y avait point de trône pour une autre femme, et le pouf d'embrasure offert à M™^ d'Hautefeuille ne lui suffit probablement pas. Les rapports des deux dames ne furent guère que de l'intimité officielle.

Janvier 36.

M^" Récamier est beaucoup mieux. Elle est, en conséquence, disposée à tout ce qui peut convenir à Mme d'Hautefeuille Tout ce qu'elle veut, c'est passer la soirée ensemble, au spectacle, et à im spectacle quelconque, ou chez elle. M™'' d'Hautefeuille peut amener avec elle toute sa société, et M"'' Récamier sera très heureuse de recevoir ceux et celles qu'elle amènera; la seule chose, c'est de passer la soirée ensemble. Hébal.

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