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CHAPITRE IV

17 janvier 36.

Hélas ! hélas !

M™e Récamier a été fort souflrante ; elle a même donné quelque inquiétude. Aujourd'hiui seulement, je puis vous dire qu'elle va mieux , quoiqu'elle n'ait pas recouvré le sommeil. Enfin, cela viendra. Imaginez-vous qu'elle a été saignée cinq grosses fois, en moins de deux semaines. J'espère donc que vous pourrez la retrouver avec son beau visage non décoloré ; mais je crains que vous ne puissiez pas trop causer avec elle, car il lui est prescrit de ne point se mêler à la conversation, d'écouter seulement.

J'ai eu d'autres petites tribulations , mais peu importantes.

Ma pauvre M""" Villars s'est avisée de prendre mie petite fluxion de poitrine, selon son âge. Elle est mieux.

Savez-vous que j'ai à causer avec M. Sivry ? 11 est grandement question d'un projet pour lequel j'ai à le consulter? Il s'agit d'un projet sur la Bible, projet dont je ne parle point et qui passionne M™'^ Récamier.

Nous en causerons.

Quelle triste fin d'année et quel triste commencement !

Heureusement, l'horizon s'éclaircit, et vous nous venez au bon moment. Tous les bonheurs à la fois.

J'ai à peine pensé à l'Académie. La semaine prochaine, je m'en occuperai.

Pardon, mille fois pardon. Je suis à vos pieds.

Hébal.

27 février 36.

J'aurais bien des choses à vous écrire, et cependant je ne vous écrirai qu'ime toute petite lettre.

Je crois bien , comme vous , que l'ensemble de la santé de Mn»e Récamier est meilleur, mais sa santé est toujours bien inquiétante. Depuis vous, elle a à peine dormi quelques heures. Comme elle était fort souflrante, elle a fait venir son médecin. Heureusement, il ne parle plus dç sai-

6a BALLANCHE ET M*"* D*HAUTEFEUILLE.

gnée. Mais ce qui me confond, c'est qu'il ne prescrit rien. Enfin, nous approchons du beau temps.

J'ai vu, hier, pour la première fois, M. de Lamartine. Il est beaucoup mieux. Et il est en plein succès de Jocelyn. Tout ce qui est autour de lui rayonne de gloire. Je vous dirai, au reste, que, pour mon compte, j'en suis charmé; que M"® Récamier est dans une sorte d'enivrement. Mais il est vrai de dire qu'elle a une vive sj'mpathie pour lui, que je l'aime tendrement, et que l'aspect seul de sa femme me fait de l'émotion.

L'ère de M"»« Sand touche à sa fin, comme l'ère des doctrinaires. La réaction est commencée, et vous n'y nuirez pas. Toutefois , vous avez fort raison de vous préoccuper de la forme. Et vous pouvez être certaine que vous avez la vôtre.

Je pense bien que M. de Kergorlay vous donne des nouvelles de la santé de M™^ Louise. Depuis vous, elle a eu du mieux et ensuite du moins bien. Il paraît que c'est, en définitive, une santé déplorable.

Mille respectueuses tendresses et mille tendres compliments.

Hébal.

Ballanche édifiait ses œuvres de façon particulière. Il travaillait en public sans que le bruit, le mouvement, la conversation l'incommodât le moins du monde. Sa pensée se concentrait dans une portion de son cerveau, tandis que l'autre fournissait aux entretiens souvent les plus élevés. Cette double opération le fatiguait beaucoup, mais il ne pouvait s'y soustraire. « Je suis, disait-il, comme une femme grosse qui porte toujours son fruit avec elle. » C'est probablement pour cette raison que ses envies se

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