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CHAPITRE IV

7 juin 36.

Il m'arrive une chose assez singulière.

On vient de publier deux volumes posthumes de M. de Maistre sur la philosophie de Bacon.

Le premier volume est employé à briser l'instrument de Bacon.

Le second volume est consacré à donner à la connaissance une base nouvelle, c'est-à-dire la base ancienne.

C'est là précisément mon plan ; et il m'était donné tout naturellement par le lieu où j'établissais mon travail.

L'Encyclopédie du siècle dernier acceptait la philosophie expérimentale de Bacon. Je ne pouvais pas l'accepter.

L'Encyclopédie du siècle dernier prenait son point de départ dans la sensation ; je prends le mien dans l'idée, etc., etc., etc.

Je lis, en ce moment, l'ouvrage de M. de Maistre.

Sauf la forme, qui n'est point la mienne ; sauf le dédain pour Bacon, que je ne partage point; sauf quelques opinions qui ne peuvent être acceptées par moi, l'ouvrage de M. de Maistre pourrait être mon Introduction.

Je n'aurai rien à changer à mon plan, mais il sera de mon devoir de mieux apprécier Bacon que je ne comptais le faire. Et, sans doute, il va être de mon devoir d'établir une sorte de discussion avec M. de Maistre.

Plus il y a de ressemblance dans le plan et dans les tendances, plus je dois signaler les dissidences profondes qui nous séparent.

Pour moi personnellement, cette coïncidence est une vraie contrariété ; pour la chose même, cette coïncidence est ce qu'il pouvait arriver de plus heureux.

Savez-vous que l'abbé de Lamennais est venu se fixer à Paris ? Je l'ai déjà vu, mais une seule fois.

Soyez certaine d'une chose, c'est que j'aime toujours beaucoup cet homme, et qu'il est très sensible à la persis-

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tance de mon affection dont il ne doute point et, cela seul, je le crois, lui fait du bien.

Le baron d'Eckstein est dans un état de découragement qui fait peine. Je lui deviens très attaché, et il y est fort sensible.

Je tâcherai de mener à Passy M. de Lamennais et le baron. L'intérêt de M^e Récamier leur fera du bien à tous les deux.

Elle allait mieux, mais ces derniers temps l'ont un peu fait rétrograder. Cependant l'amélioration du fond de la santé subsiste.

M""' Swetchine allait partir pour Vichy ; elle est retenue par une grave maladie de M'"'' de Ségur.

M. Wilson ne tardera pas de me prêter ce que vous savez.

M. de la Gervaisais est parti pour Turin. Je suis arrivé chez lui au moment même où il montait dans le fiacre qui le conduisait à la diligence. J'arrivais donc bien à propos pour faire que ma pensée ne fût pas trop amère pour lui durant son voyage.

Celui-là ne sait pas mon affection pour lui.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.

i8 juin 36.

Mon Dieu ! Je n'ai rien su de la catastrophe dont vous me parlez. J'ai à peine jeté un coup d'oeil sur les journaux ces jours-ci. De plus, il paraît que vous avez encore d'autres nouvelles tristes. Tâchez de m'en dire quelques mots. Je n'ai point de détails de Marseille. Le fils est dans une grande désolation (i). Il est peu à Paris et beaucoup à Passy. J'y suis aussi beaucoup. Je n'ai pas besoin de vous dire toute la perfection de Mme Récamier dans de telles

(i) André-Marie Ampère mourut à Marseille le lo juin.

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