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CHAPITRE V

II mai 37.

M"" Récamier est en convalescence, mais une convalescence bien pénible : toujours de mauvaises nuits et absence de sommeil, toujours de l'agitation. J'attends avec bien de l'impatience la belle saison et la campagne. Je n'ai eu qu'un rhume, mais un rhume qui a fini par ressembler à une grippe. J'ai aussi la tète un peu prise. M"'« Villars est fort souffrante. Je lui ai donné une garde. Paris fait pitié pour son épidémie ridicule.

Quant à M"'^ Récamier, ce n'est point la grippe ordinaire, c'est la grippe attaquant des organes déjà souffrants depuis longtemps. Je lui dirai toutes vos tendresses.

Le silence; et ses yeux l'empêchent de lire, et personne autour d'elle pour lui faire la lecture. Ceci est fort triste.

Voici qui est aussi fort triste. M. de Lamennais s'est fait directeur d'un jonrnaKO, Je vous envoie l'article d'introduction par lequel il commence sa nouvelle carrière de journaliste.

Je n'ai point vu M™» Swetchine. J'ai vu une seule fois M. de Lamartine. Le baron d'Eckstein est venu me voir hier.

J'ai encore votre préface.

J'ai reçu, ce matin, votre épreuve.

C'est demain dimanche.

Je vous écrirai Ixmdi par la poste.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

HÉBAIi.

Imaginez donc que je n'ai pas encore jeté les yeux sur

l'énorme travail de M. Sivry.

Mon Dieu ! qu'il y a des jours d'incapacité, sans parler

des jours d'inquiétude et de chagrin !

Hébal.

Après une gestation de quatre ou cinq ans, sur-

(i) Le journal le Monde qu'il dirigea seulement trois mois.

84 BALLANCHE ET M™^ DHAUTEFEUILLE.

veillée par Ballanche, M"'" d'Hautefeuille mit enfin au monde son premier volume, VAme exilée, qui parut sous le pseudonyme d'Anna-Marie. L'épigraphe ornant le livre : La terre est un exil, la patrie est au c/e/, préparait suffisamment à l'histoire, qui se passe en Judée. Une jolie jeune fille meurt d'une maladie de langueur, un miracle la rend à l'amour de sa mère, mais elle est triste sur la terre parce qu'elle a vu les cieux, on l'unit à son prétendu et elle en profite aussitôt pour trépasser définitivement. Voilà l'œuvre qui fut vite portée aux nues par une partie de la presse ; bienfaisant effet des amitiés entretenues parmi les écrivains de l'Abbaye-aux-Bois.

« Le style de VAme exilée est une création, disait un journal, il y a quelque chose de Fénelon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, quelque chose aussi de M™*' Cottin; de toutes ces nuances habilement fondues, Anna-Marie s'est fait un style à elle, un style qu'il ne sera pas facile d'imiter. » — « Cette charmante légende est remplie de mélancolie et de grâce », écrivait le vicomte Charles de Launay. Le Temps du 3o avril n'était pas moins élogieux; \e Journal de Paris du 3i mai prodiguait les épithètes délicatesse, beauté, parfum exquis, grâce, mais il finissait par cette phrase qui pouvait être ironique : « On dirait une page d'Antigone ou d'Orphée. » Moreau, dans VUnivers, reproduisait un chapitre entier en louant l'édifiante originalité de la conception, l'élévation pathétique

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