CHAPITRE V
du drame. Le Journal général de France du 25 mai, le Journal des Débats^ la Revue du XIX*^ siècle et maintes autres feuilles faisaient chorus ; le Figaro pourtant raillait : « Le succès d'Ourika est dépassé. On veut mourir afin de ressusciter comme l'héroïne de la légende. On préfère la mort à tout, à sa famille, à sa mère, à son amant. Tout le monde n'a pas le malheur de naître négresse, mais tout le monde subit la fatalité de vivre sur la terre cet exil affreux!.... L'âme exilée est divisée en deux parties. La première se dévore comme mie meringue, c'est fade et douceâtre. La seconde ne se laisse prendre qu'à petites gorgées comme de l'orgeat qui tournerait à l'aigre et qui glace l'estomac. »
M""' de Lamartine écrivait à l'auteur :
I" avril 1837.
Oui, Madame, j'ai désiré lire votre délicieux poème et j'avais bien raison, mais si j'avais pu prévoir toute l'émotion qu'il me causerait, je crois que je n'en aurais pas eu le courage. Je ne puis que le sentir et non le juger, mais c'est une belle chose, j'en suis sûre, sans cela il ne m'aurait pas fait tant de mal. Je suis maintenant tout impatiente de voir votre autre ouvrage que je pourrai lire avec plus de sang-froid et dont je réponds d'avance du succès d'après le talent révélé dans celui-ci.
Ne viendrez-vous pas à Paris, vous me l'avez fait espérer. Personne ne le désire davantage et ne sait mieux vous apprécier.
Croyez, etc.
M. E. DE Lamartine.
86 BALLANCHE ET M""® d'hAUïEFEUILLE.
Voici d'autres brassées de fleurs :
Turin, 5 mai 183^.
Madame,
M. de la Gervaisais m'a envoyé de votre part un exemplaire de l'Ame exilée et m'a confié que vous en êtes l'auteur. Je n'ai pas d'expressions pour vous témoigner ma reconnaissance et mon admiration. Ce livre est plein de beautés délicates, de beautés sublimes, tout le monde doit le goûter et l'aimer. Pour moi, qui ai eu le malheur récemment de perdre une mère, votre livre m'a fait verser des larmes et m'a fait du bien. Je vous en remercie.
Un autre ouvrage de votre aimable plume va donc paraître? La littérature a besoin de génies bienfaisants, vous le serez.
Agréez, je vous prie, mon faible suffrage, il est sincère.
J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus distingués d'estime et de respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
Silvio Peluco.
Paris, i8 mai iSS^.
Puisque vous me faites l'honneur, Madame, de me demander mon sentiment sur l'ouvrage qu'on m'a remis de votre part, je vous dirai que VAme exilée me paraît être une des plus charmantes productions qu'on ait publiées dans notre langue depuis longtemps- L'idée première en est très heureuse, triste et consolante à la fois. Ce n'est pas en montrant les misères de la vie que vous faites désirer de mourir, mais en détachant des pâles joies de la terre, ombre fugitive des joies véritables que Dieu nous a préparées au delà. Les détails toujours naturels et d'une simplicité biblique sont pleins de grâce et de suavité. Votre œuvre n'est pas belle seulement, elle sera encore utile et ce n'est pas ce qui vous touchera le moins.
Agréez, etc. F. Lamennais.