‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 45 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pendant ce temps Ballanche chauffait l'opinion, discutait avec les éditeurs, corrigeait les épreuves, donnait des conseils, et bientôt M"'" d'Hautefeuille lançait un nouveau roman, Z<ea Cornelia, qui parut en trois volumes. Veut-on en connaître le thème? L'héroïne, une jeune Espagnole, est une nature effrayante d'un byronisme échevelé. Dès son enfance elle est abandonnée par sa mère, traverse d'abord des aventures bizarres et froides, puis terribles et repoussantes, enfin termine son existence accidentée sur l'échafaud, après avoir assassiné son amant.

Cet ouvrage avait une grande infériorité sur ïAme exilée: premièrement il était plus long, secondement les personnages à passions d'Othello accusaient trop ce romantisme néo-shakspearien qui mettait en vogue les yeux noirs, les cheveux noirs et les orageuses tempêtes du cœur. Malgré l'énergique soutien de Ballanche, la presse se montra réservée, bien que plusieurs amis prodiguassent des compliments assez nombreux pour satisfaire l'amour-propre de l'auteur. La Chronique de Paris disait : « Le talent féminin d'Anna-Marie n'a besoin d'aucun emprunt viril. Elle rend avec un grand bonheur non seulement les nuances légères, les riens de la vie, mais encore des effets d'une haute puissance. » Le comte Louis de Carné écrivait dans le feuilleton de la Paix (18 juillet) : « Heureux tissu d'esprit et de sensibilité, d'inexpérience littéraire et de parfaite éducation, livre pa-

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thétiqiie et charmant, qui fait couler les larmes et rappelle sur les lèvres un sourire constant de bon goût. » La Gazelle de France du 19 août appelait Léa Cornelia « un petit chef-d'œuvre tout rempli de fraîcheur, d'innocence et de grâce ». Mais L. Moreau, empruntant les colonnes de V Univers, avançait que M™" d'Hautefeuille n'était pas encore entrée dans la possession facile, dans toute la liberté de son talent; tandis que le vicomte Charles de Launay (M"»® de Girardin) consacrait les dernières lignes du feuilleton de la Presse (8 juin) à une critique maligne : « Lisez Léa Cor/ie//a, imprimaitelle, vous y trouverez un luxe de vieilles filles qui vous amusera; il y a déjà trois vieilles filles dans le premier volume, deux Anglaises, une Française, puis une jeune personne qui ne veut absolument pas se marier, ce qui est déjà un commencement de vieille fille. » Ballanche ne prisa guère l'observation, comme en témoigne cette lettre à son élève et correspondante :

12 juin 37.

Mon Dieu, que je suis triste ! Vous avez su la mort du duc de Laval. Encore un hoiBine de notre société intime, si ancien ami, si parfaitement dévoué à M™^ Récamier, qui disparaît. M™^ Récamier, qui commençait à aller un peu mieux, a été profondément affligée et en a reçu une forte secousse. J'ai fait une petite note pour le Journal des Débats, qui m'a un peu coûté, parce que j'étais obligé de mesurer mes expressions sur l'esprit du journal. Il a encore un peu été mutilé par M. de Chateaubriand, mais toujours dans la même vue qui m'avait obligé à de la ré-

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