CHAPITRE V
serve. Une phrase n'a pas de sens complet, à cause d'un mot qui manque, par la faute de l'imprimeur.
J'ai vu le stupide article de la Presse. Nous nous y attendions comme vous savez. Il ne faut pas que cela vous désoblige trop. L'article est déjà oublié et le livre restera.
Mon article était complètement fini, je n'avais plus qu'à le recopier. Il sera remis demain au Journal des Débats.
Vous avez su la mort du pauvre enfant de M. de Kergorlay.
M. de Chateaubriand, depuis quelques jours, est fort souffrant. Je n'en suis point en peine, mais je crains qu'il n'y ait bientôt lieu à avoir quelque inquiétude pour M"» de Chateaubriand. Sa santé n''a jamais été bonne, mais elle s'altère plus que jamais.
On m'a dit qu'on n'était pas sans quelque inquiétude pour la santé de M. le duc de Doudeauville.
Le moment actuel est bien dur à passer.
Quant à M""* Récamier, ses deux médecins sont d'un avis tout opposé sur la cause du mal et, par conséquent, sur le traitement à adopter. Nous songeons à les départager par un troisième avis.
Nous voudrions bien que M. Récamier eût raison, car c'est lui qui ne croit pas à une lésion. Je vous dirai qu'outre mon désir, il me semble bien qu'il explique mieux l'état de la malade, qu'il la connaît mieux, qu'il est, par conséquent, mieux en état d'apprécier ; mais, enfin, il n'en résulte pas moins un grand trouble dans toutes nos espérances et dans tous nos calculs d'avenir.
Ne soyez point en peine de Léa Cornelia. Le libraire est plein de confiance.
J'irai demain à Paris : j'espère y trouver l'exemplaire corrigé que vous m'annoncez.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
HÉBAL
Si Léa Cornelia n'avait pas une très bonne
90 RALL ANCHE ET M""^ d'hAUTEFEUILLE.
presse, M™® d'Hautefeuille pouvait se consoler avec ces deux lettres qu'elle avait reçues de Chateaubriand ;
5 mai 183;.
Mon excellent ami M. Ballanche, Madame, en me remettant Léa Cornelia, m'a assuré que vous aviez déjà eu l'amabilité de m'envoj'er ÏAme exilée. J'ai lu ce poème avec un grand charme, mais rien ne m'a indiqué que j'avais l'honneur de le tenir de votre main. J'espère, Madame, que vous n'aviez attribué mon silence qu'à sa véritable cause ; pour peu que j'eusse le moindre prétexte de vous importuner, je me serais empressé de vous dire combien j'avais été frappé de la merveilleuse histoire de cette jeune créature qui, rendue à la vie, sent le dégoût de la félicité, même des tendresses qu'elle avait connues ici-bas, tant elle avait été heureuse au séjour des anges ! On ne peut donner ime idée plus haute et plus vive du ciel.
Je vais maintenant lire Léa Cornelia pour avoir un hommage de plus à vous offrir.
Agréez, je vous prie, mon respect et mes sentiments
sincères.
Chateaubriand .
Paris, !«"■ juillet 1837.
C'est sous l'émotion de la lecture de Léa Cornelia que je dicte. Madame, ce billet, ne pouvant l'écrire moi-même et souffrant encore d'une violente douleur dans le bras droit. J'ai été malade et j'ai passé ma vie entre deux autres malades, M""" Récamier et M™*" de Chateaubriand. Je n'ai pu vous remercier plus tôt de votre beau livre et de votre obligeant billet. Vous avez bien voulu citer une phrase de moi, c'est encore une nouvelle cause de reconnaissance, mais il ne s'agit pas de cela. Je me donnerai bien garde, comme vous semblez le désirer, Madame, de vous importuner par la pédanterie d'un jugement en