CHAPITRE VI
Le roman de Léa excitait aussi l'attention de M""® Swetchine, cette femme que Sainte-Beuve nommait la fille aînée de M: de Maistre et la fille cadette de saint Augustin. Comme ses lettres ont paru à de nombreux critiques des monuments de la langue française où il n'y a rien qui ne soit noble et pur, je citerai celle-ci qu'elle adressait à M'"« d'Hautefeuille le 8 juin :
Paris.
Je commence, Madame, par vous remercier du plaisir iniini que m'a fait la troisième partie de votre manuscrit, le seul que je connaisse encore. Je vous en remercie comme d'une impression douce et salutaire par l'admiration qui la pénètre, hommage sincère dont le bonheur est trop rare. J'oserais presque dire que vous vous êtes mise hors de ligne par la haute moralité de cette belle conception, par la force soutenue de son exécution et par son essor si régulier et si libre, quoique la forme de cet ouvrage appartienne à l'imagination, elle y restera constamment à sa place légitime, qui est la seconde, même pour ce qui lui appartient, et n'empêche jamais de suivre Vidée dans son développement complet, et certes, ce n'est pas que toute la partie dramatique ne soit conduite à merveille, que tous les effets n'y soient pas ménagés avec beaucoup d'art, mais ce que j'admire encore le plus, ce sont les savantes gradations par lesquelles vous faites passer cette pauvre âme, toujours belle de nature, des ténèbres de l'abîme