CHAPITRE VI
aux clartés célestes. Rien n'est brusque dans les transitions, ni forcé, tout y est selon le sentiment humain et selon la raison divine, les mouvements de Léa sont rendus si compréhensibles, si sympathiques, qu'il semble impossible qu'elle ne soit pas ce que le passé l'avait faite, et qu'elle ne devieime pas ce que la grâce lui prépare. On saurait lui vouloir ni moins de résistances et d'obstacles créés par la passion, ni des velléités plus désintéressées, et enfin, comme triomphe, rien au delà du noble et si méritoire sacrifice qui lui fait afl'ronter une mort d'ignominie, de préférence à celle qu'elle n'avait pas cru trop payer d'un crime. Tout cela a été senti dans les profondeurs de l'âme, et voilà pourquoi tout y suit une marche si logiquement progressive et que tout y reste dans cette parfaite mesure de la vérité dans les sentiments qui lui trace ellemême leurs limites. 11 me semble, Madame, que, sous le point de vue particulier, vous vous êtes rendue inattaquable aux yeux des esprits les plus difficiles, et que les moins disposés à se laisser persuader seront frappés, dans un livre où ils ne l'attendaient pas, de cette belle, large et majestueuse exposition que vous faites des principales et plus consolantes vérités chrétiennes. S'ils suivent attentivement les mouvements de l'âme naturellement forte et élevée de Léa, les désirs, les besoins, les impulsions qui naissent de la loi même de la nature, ils ne pourront s'empêcher de reconnaître, dans un nouveau modèle, l'éternelle coïncidence des nécessités de la créature déchue avec les adorables et puissants remèdes de l'élément réparateur. Voilà, ce me semble, ce qui ressort admirablement de votre ouvrage et ce qui le place parmi les très bons livres. Ces paroles renferment nécessairement, Madame, le vœu de sa publication. C'est parce que le désir de paraître ne saurait y avoir eu aucune part, parce que ces pensées ont été méditées seulement entre Dieu et vous, que vous les devez aux autres, et que votre devoir est de leur faire pro-
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flter du succès dont elles ont été bénies. J'estime peu le vain bruit des réputations seulement littéraires, je trouve même quelquefois peu dignes ces laborieux efforts pour n'arriver qu'aH plaisir de l'intelligence, mais quand on a, comme vous, l'espoir et presque la certitude de faire du bien, il me semble commandé de passer outre, qu'on soit homme ou femme, la conscience n'ayant pas de sexe. Donnez-nous donc, Madame, ce bel ouvrage, après l'avoir revu encore, épluché, limé, achevé jusque dans ses moindres détails. Vous n'avez pas encore, ce me semble, tout le savoir-faire, tout le charlatanisme peut-être de votre admirable talent ; votre vol est celui des ailes à larges envergures, et vous devez redescendre avec peine à des soucis minutieux ; pourtant, c'est un second travail qu'il faut joindre au premier, vous amoindrir peut-être un peu pour sacrifier à l'élégance, comme vous arrivez si naturellement à l'éclat du style quand il est dans la pensée à ce desiderata un peu frivole. Permettez-moi de joindre quelques observations sur un sujet grave que vous abordez avec une sorte de dogmatisme qui m'a paru trancher péniblement avec la suavité de la couleur générale. Je veux parler de la dureté stupide de la peine de mort, qualifiée de crime social, frappée d'anathèmes, abhorrée de tous les esprits religieux. Or, ces épithètes ou ces assertions me paraissent plus qu'inexactes et hasardées, puisqu'elles enveloppent dans une immense condamnation l'innombrable foule d'hommes éminents en lumières et en vertu, qui, en s'appuyant sur l'Écriture et sur l'ÉgUse, ont vu dans la peine de mort un incontestable droit exercé par la société sur elle-même sous la sanction de Dieu, et que, d'ailleurs, elles sont démenties par tant de noms célèbres, d'incontestables supériorités, soit comme génie ou comme piété, qui, de nos jours, restent encore rangés parmi ceux qui déplorent la peine de mort comme un mal nécessaire. L'hostile amertume de ces expressions est rendue excusable dans