‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 52 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Je ne sais pas ce que je retrouverai de Platon ; il est complètement dépareillé.

Mon article réduit ne vous plaira pas ; l'article entier ne vous aurait pas plu. Possible que la préface qui en résultera vaille mieux.

Mrae Récamier aurait désiré que j'eusse fait des citations. Elle avait raison, mais je n'avais pas conçu mon article pour cela. Si j'avais pu causer et discuter avec elle, je crois que j'aurais mieux réussi. Mais il n'y a pas moyen. Voyez donc comme on est barré de tous côtés.

M. de Salvandy, en m'écrivant une lettre officielle pour la Légion d'honneur, y avait joint une lettre très aimable de lui ('). J'ai bien fait trois lettres de réponse et je n'en ai envoyé aucune. Cette décoration me paraît une stupidité pour moi dans ce moment. Depuis longtemps je n'ai rien publié, ce qui ôte le motif ou l'occasion. Je suis en dehors de toutes choses, je ne vais nulle part. A quoi donc peut me servir le ruban ? Je ne l'ai pas encore mis. 11 faudra bien qu'un jour je fasse une visite à M. de Salvandy. Ce jour-là je mettrai le ruban, puis ce sera fini.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

25 juin 37.

Ne croyez pas que je vous écrive tous les jours ; ce serait bien contraire à toutes mes mauvaises habitudes. Mais votre lettre est trop sympathique à mes tristesses pour que je ne m'empresse pas de vous en remercier. Je veux aussi me hâter de vous dire qu'avec ou sans raison je suis moins inquiet. Je crois cependant que c'est avec raison, La manière dont M. Récamier fonde son opinion me paraît très réelle, très logique, établie sur une observation vraie.

(i) Ballanche fut fait chevalier de la Légion d'honneur le 7 juin iSSj.

lOO BALLANCHE ET M""» d'hAUTEFEUILLE.

Mais la gravité est aussi grande sans être aussi alarmante. Le temps, les soins, les précautions seront très longtemps un régime indispensable. Cet état de séquestration complète n'est pas près de finir ; et cet état est triste surtout pour M™^ Récamier accoutumée, elle, à une vie avec les autres .

Je suis fort touché du culte inquiet de M. de la Ger valsais pour sa princesse; j'en suis très réellement touché! Mais j'avoue que je ne puis en être troublé. Je n'y puis rien, absolument rien. Et l'impuissance est aussi un repos. M. de la Gervaisais comprend très bien que les personnes qui s'intéressent à ces lettres sont de deux sortes. Les unes, tout en les goûtant comme elles le méritent, ne veulent pas accepter l'innocence de cette publication. Les autres se soucieraient fort peu d'une réhabilitation morale d'une certaine société. Quant à ceux qui ne voudraient voir là qu'un intérêt historique ou littéraire, convenez que ceux-là ne peuvent pas beaucoup s'en occuper. D'ailleurs, il n'y a rien là d'assez vif pour le train ordinaire du monde.

Les commis de M. Delloye m'ont dit que plusieurs personnes étaient venues réclamer des exemplaires de Léa Cornelia qui leur étaient promis par vous. Ces exemplaires ont été refusés, Avez-vous donné une liste ? Si vous ne l'avez pas donnée, il serait bon d'en donner une. Si vous l'avez donnée, il faut tenir à ce que vos promesses soient tenues.

J'ai fini par écrire à M. de Salvandyune toute petite lettre.

Voici le résumé de ma toute petite lettre :

J'ai été étonné d'avoir reçu cette distinction, étant d'un âge, et ayant rempli une carrière où je n'étais plus dans le cas d'attendre des encouragements. Je n'ose croire à des titres pour une récompense; et si ces titres existent, ils sont antérieurs à ce moment-ci.

C'était mieux tourné que je ne le dis là ; mais je voulais que ce fût une leçon, à mon occasion,- et non à mon sujet,

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