‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 53 sur 139 · CHAPITRE VI. lOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. lOI

car, Dieu merci! je ne voulais pas concevoir l'idée que j'avais pu croire, un seul instant, que j'avais été oublié jusqu'à présent. Il était bien permis d'oublier ce que je n'avais jamais su.

M. de Salvandy a fort bien pris la chose. Il m'a répondu immédiatement que ce n'était pas pour moi, qu'il savait fort bien que j'étais au delà de l'encouragement et au-dessus de la récompense.

Cette réponse est d'un homme d'esprit, qui me constitue un tout petit tort de susceptibilité. Je préfère bien cela à l'acceptation du fait de parfaite insensibilité de ma part, ce qui eût été plus vrai.

La leçon reste ce que je voulais qu'elle fût, à savoir que, dans ces choses, il y a deux sortes d'à-propos, selon que l'on veut encourager ou récompenser.

Mais vous allez me trouver un peu difficile pour être si désintéressé dans la question. Et c'est précisément parce que je suis désintéressé, que je pouvais mieux donner la leçon.

Quoi qu'il en soit, la première et la seconde lettre de M. de Salvandy sont également aimables.

Ce qui vaut mieux que la croix d'honneur, c'est ce que vous me dites. Vous distribuez à la fois l'encouragement et la récompense. Les femmes s'entendent mieux à ces choses que les ministres. Mais, comme je suis en train d'être hargneux, je vous dirai que votre sentiment sur ce que je suis est exagéré. Le mot est dur, mais il est vrai.

Toutefois, je vous en remercie.

Cette lettre vous prouvera un peu plus de repos ; vous ne m'avez jamais vu aussi bavard.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

HÉBAL

3o juin 37.

Je ne veux que voiis écrire un mot, pour ne pas vous

faire perdre de temps pour votre nouvelle édition. Je dois être bien étonné d'être consulté sur une convenance d'étiquette. Quant à moi, je n'aurais point d'hésitation. Je préfère de beaucoup l'absence du titre. Il est évident que vous vous adressez à la personne et à l'amie, et non à la grande dame. Si elle avait le titre, il faudrait bien le mettre, car, enfin, il faut bien défigurer la personne. Mais rien au delà.

Quant à l'expression bercer de douceur, il ne faut pas que vous la regrettiez, il faut la laisser. Vous comprenez bien que je ne puis être ennemi de ces sortes d'expressions inanalysables.

Je suis charmé que vous adoptiez le texte sacré sans chercher à le modifier. Seulement, il fallait l'entourer. Mais c'est à vous de faire cet entourage. Je n'ai voulu que vous faire comprendre ma pensée.

J'ai oublié de vous dire que j'ai rencontré, il y a quelque temps, M. de Labourdonnais. Il m'a rappelé combien il avait été choqué de la publication des lettres de la princesse. Et il m'a dit combien il était revenu sur cette première impression, après une nouvelle lecture. C'est ce qui doit arriver à toutes les personnes d'une certaine sorte. Vous et moi, nous avons eu raison.

En courant en cabriolet, j'ai rencontré l'abbé Gerbet. Je suis descendu et, comme c'était près du Bon Lafontaine, j'y suis entré avec lui. Il m'a parlé de l'Ame exilée comme ayant fait une excellente impression sur M"^ Albert de Laféronnais. Le lendemain, sans perdre de temps, j'ai déposé au Bon Lafontaine xm paquet de votre part contenant un exemplaire de l'Ame exilée et de Léa Cornelia pour l'abbé Gerbet.

M™^ Récamier n'est pas si bien qu'hier ; mais ces petites alternatives d'un jour à l'autre sont sans* signification. C'est la situation qui est à considérer. Or, elle n'a pas changé.

Mille tendres et respectueuses amitiés. Hébal.

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