‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 54 sur 139 · CHAPITRE VI, I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI, I

Un éloge exagéré est comme la calomnie, il en reste toujours quelque chose. Je crains môme qu'il n'en reste trop. Mais cela m'est bon dans ce triste moment.

12 juillet 37.

J'avais réduit mon article de plus de la moitié pour être plus certain d'une insertion plus rapprochée. Samedi dernier, M. Armand Berlin me promit l'insertion pour lundi, et la promesse n'est pas encore tenue aujourd'hui mercredi.

Voyez-vous, lorsqu'on n'appartient pas à la coterie des journaux, on est toujours ajourné. Il semblerait que les articles non payés devraient avoir la préférence ; cela n'est point, parce que les articles payés sont là qui demandent à vivre. Puis il y a les éditeurs favorisés que l'on veut contenter. Puis, enfin, il y a les auteurs épousés par la presse périodique, les inféodés des diverses coteries, etc. Oui, la constitution de la presse périodique est détestable de tout point. Patience et résignation.

Je n'ai conservé que d'informes brouillons de l'article. Ainsi, je n'ai pu relire le si beau morceau que vous avez l'extrême bonté de me signaler. Je vous prie donc de bien conserver ce que vous avez entre les mains, pour que je construise, en temps et lieu, la préface en question. Il est fort possible que les articles à survenir donnent lieu à quelque addition à la future préface. Conservez surtout, je vous prie, la petite note sur papier de couleur. Il faudra que j'en tienne compte, parce qu'elle me met sur la route des réalités objecti\;es et des réalités subjectives, deux sortes de réalités également puissantes, et qui sont alternativement mères et filles les unes des autres.

Lorsque votre dernière lettre m'est arrivée, j'avais de nouveau pris de l'inquiétude. Aujourd'hui et hier, je suis rentré dans l'apaisement de l'inquiétude.

Avant-hier, j'ai rencontré M. Goureau qui m'a très bien

Io4 BALLANCHE ET M"'= d'hAUTEFEUILLE.

parlé de Léa Cornelia et qui m'a dit qu'il plaçait M. Récamier au premier rang pour le tact médical, en première ligne pour la science ; et M. Récamier, qui a fort bien réussi pour M™^ Goureau, était en opposition avec les autres médecins consultés ; et M. Récamier a expliqué à M. Goureau son opinion sur M"^^» Récamier ; et M. Goureau croit à l'opinion de M. Récamier.

Voilà où j'en suis. Pour moi, la chose considérable, c'est l'état apparent de M™» Récamier; or, je trouve cet état rassurant. Elle-même commence à être moins triste et moins découragée.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

HÉBAL,

i5 juillet 37.

Je commence par vous rassurer au sujet des avances faites. D'abord, elles sont prises sur des fonds que je destinais à mes impressions. Or, elles ne sont pas même commencées. Et comme, Dieu merci! il n'y a nul doute que les rentrées finiront par se faire, il n'y a nulle inquiétude à avoir. Malheureusement, je ne suis pas pressé. Aujourd'hui même j'ai reçu de M. Delloye 1,200 fr. à compte.

Ne vous inquiétez pas trop de ce relard dans la vente. Le moment est mauvais. La librairie est dans un étal affreux. Les acheteurs sont absents, t^n second succès est toujours chose difficile. Soit dit entre nous, je préfère qu'il se fasse tout seul.

Je vous en conjure, ne donnez rien aux revues. Elles ne sont dignes ni de vous , ni de moi. J'ai quelquefois cédé à leurs importunités, et je ne l'ai jamais fait volontiers. S'il y en avait une qui fût dans nos idées et dans nos opinions, je ne vous détournerais point de servir à leur succès; il n'en est point ainsi. Publiez ce que vous avez à publier, mais n'accordez pas votre plume à ces maltôtiers des lettres.

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