‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 57 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pour l'hiver. Ce parti m'inquiéterait fort, en ce que ce ne serait qu'un pis aller. Bien entendu qu'on ne dit point cela et que l'on s'abstient même de le penser. Nous n'avons plus qu'un mois.

J'ai trouvé M. de Kergorlay fort attristé de la santé de Madame sa femme.

M. de Chateaubriand est toujours un peu souffrant ; il va un peu mieux.

Vous travaillez à quelque chose d'important : pourriezvous m'en dire quelques mots un peu significatifs ?

Je revois les notes que j'avais faites pour l'introduction. Ces notes me confondent d'étonnement, et même de plus que cela. Elles sont en petit nombre, mais d'une grande puissance de création. Scrai-je en état de les mettre en œuvre ?

M'"^ Récamier ne doute point de toute votre occupation d'elle. Mais nous ne causons point, et elle n'écrit pas.

Cette mauvaise encyclopédie que vous savez tend à sa palingénésie. Elle a commencé par abolir tout ce qid a été fait jusqu'à présent ; et pour mieux constater qu'elle veut se régénérer, elle recommence dans un format différent.

Vous m'avez parlé d'un projet de Revue. En voici deux nouvelles : la Revue française et étrangère et la Revue française. C'est bien assez de deux nouvelles Revues ; je ne crois pas qu'il y ait place pour une troisième. La Revue des Deux Mondes et la Revue de Paris me paraissent toucher à une fin de bail. C'est un cycle clos. Ces deux Revues, pour continuer leur succès, devraient un peu songer à une palingénésie.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

HÉBAL

26 septembre 37.

Je suis allé, un de ces jours, à Boulogne, j'espérais y voir la Revue. Le baron ne l'avait pas, je ne l'ai pas reçue, et

IIO BALLANCHE ET M""^ D HAUïEFEUILLE.

je ne sais personne qui la reçoive. Je suis allé à Paris avec l'intention de la chercher dans qielque cabinet littéraire ; mais, étant toujours pressé, je ne l'ai pas encore vue. Ainsi, pour le moment, je ne puis pas avoir d'avis. J'avoue que j'avais quelque confiance en cet article, mais ce que vous m'en dites ne m'étonne point. J'ai rencontré aujourd'hui Saint-Chéron qui m'a promis de m'envoyer l'article de M'"« Bazard. J'ai rencontré, il y a quelques jours, M. de Chazot que j'ai trouvé dans un véritable enthousiasme de l'Ame exilée: il a fait un article pour un journal légitimiste, VEurope ; il va lire Lca Cornelia à la même intention. J'espère avoir dirigé son impression, chose qui, je crois, était assez nécessaire.

M'"'^ Récamier est, en ce moment, fort souffrante, mais sans qu'il y ait lieu à inquiétude nouvelle. La situation est la même et l'opinion de spasmes nerveux devient de plus en plus assurée. La grande question était de savoir comment se passerait l'hiver. M. Andral voyait de graves inconvénients à l'Abbaye-aux-Bois. En conséquence, nous nous sommes mis en quête d'un appartement convenable pour passer l'hiver le moins mal possible. Au milieu de toutes ces délibérations, est survenu le baron Pasquier, qui vient de s'établir au Luxembourg, et dont l'appartement de la rue d'Anjou était complètement libre. Il a offert cet appartement avec toute sorte de grâce et d'insistance. Il est bien clos, bien tranquille, et paraît très convenable, d'après le rapport de M"^* Lenormant. M. Andral le verra. M°^^ Récamier, qui avait été fort touchée de l'offre de M. Pasquier, sans avoir d'abord le mouvement de l'accepter, a fini par se rendre. Nous avons tous pensé qu'il serait diflîcile, à force de recherches, de rien trouver de mieux. M™^ Pasquier a joint ses insistances à celles de son mari. M. Auguste Pasquier s'en est mêlé de tout cœur (0.

(i) Auguste Pasquier était le frère du chancelier.

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