CHAPITRE VII. Il
en arrivant à Paris; mais, en même temps, je ne vous engage point à vous presser de publier. Au reste, nous en parlerons avec maturité, lorsque vous serez ici. Tenezvous en état de publier pour le moment, afin que si nous jugeons ce moment opportun , nous puissions en profiter immédiatement.
Je me suis empressé de lire le dernier ouvrage de M. de Lamennais, sitôt qu'il a paru (0. Avant de l'avoir lu, j'avais le projet de faire un article pour la Revue française ; mais j'y ai renoncé tout de suite. Il est trop nul philosophiquement et logiquement. C'est pour moi une trop grande afïliction pour que j'en entretienne le public. Au reste, l'insuccès est aussi grand que possible. Aux yeux des uns, l'abbé de Lamennais est un apostat; aux yeux des autres, il est encore un calotin. C'est un deuil alTreux. Eu outre, sa situation est triste comme santé et comme fortune. Je ne le vois point, et il ne me sort pas de devant les yeux.
Mille respectueuses tendresses. Hébal.
3 avril 38.
N'oubliez pas de me donner des nouvelles de votre voyage et de vos santés. Vous avez eu bien froid. Notre jeune ami Charles a-t-il beaucoup toussé ? J'ai fait yotre présent à Mme Récamier, qui me charge de vous tendrement remercier. Il s'est introduit un nouveau projet entre la rue d'Anjou et l'Abbaye-aux-Bois. Encore un séjour provisoire. Je vous tiendrai au courant. Je commence à être un peu en peine de la publication de M. de Chateaubriand. Le morceau inséré dans la revue réussit peu (a). Nous n'étions pas d'avis de cette insertion, et surtout nous aurions mieux choisi. Nous verrons. M™e Récamier con-
(1) Lamennais venait de publier Affaires de Rome, récit du voyage qu'il avait fait en i832 dans la ville éternelle avec Lacordaire et Montalembert.
(2) La Revue des Deux Mondes du i" avril publia des fragments du Congrès de Vérone.
Il6 BALLA.NCHE ET M™« d'hAUTEFEUILLE.
tinue de prendre la situation en tristesse. M. de Chateaubriand se prend lui-même en tristesse. Ampère prend le temps en tristesse. Je suis très bien entouré comme affection ; mais je suis très mal entouré comme imagination. Ma nature est calme et sereine. Il me faudrait quelques jours sereins ; je crains de ne pas les avoir. La tristesse me gagne.
Hier soir, il m'est arrivé une chose qui m'a un peu contrarié. Lorsque je suis désorienté, je perds immédiatement l'appréciation du temps. Toute la journée, je vous ai crue partie depuis deux jours. Toute la journée, j'ai pensé au mardi de M™^ Le Tissier. En effet, le soir, je suis allé chez elle. J'étais tout étonné de ne trouver aucun mouvement à la porte d'entrée ; j'ai commencé à la croire dans son nouveau logement. J'ai ensuite été étonné de ne voir aucun manteau dans l'antichambre. Enfin , je suis entré. J'ai trouvé M. et Mme Le Tissier tout seuls au coin de leur feu. J'ai cru qu'on était parti parce qu'il était plus de dix heures et demie. M'"'^ Le Tissier a conclu de ma visite que j'avais le projet d'aller la voir tous les soirs. Elle a vite demandé du thé. Je n'y comprenais rien. Enfin, j'ai appris que nous étions au lundi et que vous étiez partie le matin même.
Vous voyez que je suis toujours
Hébal.
5 mai 38.
J'avais eu bien du regret de ne pas m'être trouvé chez moi lorsque M, de Sivry est venu me voir; j'en ai bien plus à présent. Mais vous allez faire ime petite apparition; que je sois prévenu du jour, afin que nous ayons ime heure à nous !
J'apprends avec plaisir que Charles tousse moins, et je suis charmé aussi qu'il vienne un peu se faire voir à son médecin. Sa santé a encore besoin d'être surveillée.
M""= Récamier vient de quitter l'Abbaye-aux-Bois ; elle