CHAPITRE VII. l3l
A la fin du chapitre.
Abîmons-nous devant un tel mystère.
J'aimerais mieux quelque autre parole pour terminer, qui reportât moins l'esprit sur le mystère que sur l'accomplissement des mystérieuses prophéties, qui arrêtât davantage les yeux sur les clartés dont l'Incarnation était l'aurore, que sur les ténèbres de l'incompréhensible. Le moment où le Saint-Esprit couvrit Marie de son ombre n'est-il pas le signal de la réconciliation du ciel avec la terre ?
Par un même sentiment jaloux de cette compréhension des desseins de Dieu, que donne la foi ardente, je voudrais une variante au passage qui présente la rédemption comme l'effet d'un amour immense et inexplicable. Je n'ai guère autre grief contre ce mot inexplicable que la peine qu'il me fait. Je n'ignore pas qu'il ne puisse se défendre, mais en même temps n'est-il donc pas vrai, qu'une fois l'amour de Dieu révélé aux hommes, tout dans les voies de Dieu s'explique et se justifie , que ses plus étonnants bienfaits ne sont plus que les effets naturels d'une cause surnaturelle et que tout ce que son amour peut , même aux yeux de notre intelligence, il le doit ?
Mais de toutes ces remarques , celle sur laquelle il me semble le plus urgent d'attirer votre attention, c'est sur ce qui concerne Madeleine, son apparition aux noces de Gana, et ce qui précède, pourra être critiqué, mais ce qui me semble tout à fait à retrancher, c'est le projet de tenter Notre-Seigneur, et tout ce qui s'y rattache , quelque légèrement indiqué qu'il soit ; vous y avez mis sans doute une grande réserve, mais c'est trop encore, comme ces paroles : elle lui lança le feu de ses regards. Ce qui me paraît en faire un devoir, c'est de voir comment dans la tentation du désert , ce point , le pivot peut-être après l'orgueil de la misère humaine, a pourtant été écarté; combien, à cet égard-là , jusque dans les ennemis le respect a été général, si bien que nous qui sommes témoins d'une si uni-
iSa BALLANCHE ET M'"^ d'hAUTEFEUILLE.
verselle et si merveilleuse réserve, nous ne saurions guère l'attribuer qu'à une permission toute particulière de Dieu. J'insiste d'autant plus, ma très aimée, sur le retranchement, la modification de ces derniers passages relatifs à la sainte Vierge et au Sauveur, j'y insiste d'autant plus, que je crois davantage votre ouvrage fait pour exciter les sentiments qui peuvent le mieux assurer votre récompense, que Teffet du livre m'a paru devoir être salutaire et pieux et que , dès lors , c'est à la conscience qu'il importe de ne pas le compromettre. De vrais sacrifices seraient rachetés par un intérêt comme celui-là , et vraiment vous ne pouvez pas douter que pour ces changements votre admirable puissance d'invention ne vous vienne facilement en aide. Je poursuis.
Les Pharisiens dont la secte sévère.... Je voudrais une autre épithète , car la sévérité est une bonne chose et presque toujours sainte, lorsqu'elle est juste.
Peut-être serais-je frappée de quelques longueurs et trouverais-je quelque chose de ces concetti, habituellement étrangers à votre belle et large manière, dans ces larmes précieuses de Notre-Seigneiir à la mort de Lazare dont naquit l'ange des saintes amitiés.
Faire marcher de front les progrès de l'enfant et la science de Dieu, est sûrement bien difficile ; ce morceau demanderait peut-être à être retravaillé , en modifiant ce que vous indiquez des enseignements de la sainte Vierge, relativement aux rapports de l'enfant avec l'Éternel ; même pour la mère, c'est trop ici mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce. De plus, je me trouverais très heureuse que vous voulussiez vous attacher à prendre et à développer davantage le divin bienfait de l'Eucharistie ; l'idée de la communion de la sainte Vierge est heureuse, mais Agar fait retomber trop bas ; recueillez la mémoire de votre âme et faites comprendre quelque chose des délices du pain de vie.