‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 68 sur 139 · CHAPITRE VII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. l

Pour le titre , je suis obligée de vous dire qu'au défaut, celui que vous vouliez donner à votre ouvrage, je l'ai vu rappeler spontanément le Lys de la Vallée , association de souvenirs bien indignes, assurément, de votre sujet et de vous, il m'est venu, la Fleur de Jessé, qui serait assez biblique, je vous le livre sans y penser davantage.

Certes , il faut que je fasse grandement abstraction de tout amour-propre, pour vous envoyer un travail fait au milieu du bruit et cent fois interrompu ; j'avais redemandé à M. Ballanche la première partie que je lui avais renvoyée après l'avoir lue rapidement, il n'a pu me la rendre et il résulte de là que je ne suis pas même sûre des textes que je cite, ne les ayant pas sous les yeux. Mais tout cela est bien égal , avec une bienveillance comme la vôtre , vous devinerez tout ce que j'omets et vous éclaircirez tout ce que j'embrouille, et dans tous les cas , vous garderez de ce fatras l'impression de l'affection la plus vraie et de la sincérité la plus dévouée à tous vos intérêts véritables.

Mille et mille tendres amitiés.

S. SWETCUINE.

24 novembre, Paris.

Si vous aviez été témoin de l'impression que m'a faite votre lettre, vous auriez vu comment une appréciation déjà si élevée pouvait monter toujours, vraiment il n'appartenait qu'à vous de faire découvrir des douceurs nouvelles dans un devoir dont on ne connaît, en général, que les aspérités, et, après avoir rendu la vérité facUe, vous la rendez si aimable qu'on ne sait, en vous étudiant, lequel des deux plaît davantage, de vous louer ou de vous contredire. Mon premier mouvement eût été de vous l'écrire sur-le-champ, et depuis j'ai bien regretté de ne l'avoir pas fait; mais j'ai voulu, au préalable, m'appuyer de quelques conseils, plus tard une foule de préoccupations me sont survenues, et enfin depuis trois semaines je n'ai

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pas cessé d'être souffrante, et je l'ai été tant à plusieurs reprises que j'ai été obligée de fermer ma porte, même mercredi dernier, jom* où M. de Kergorlay m'est venu à ma vraie peine ; ce grand malaise me vient d'une douleur au cœur qui complique tous les autres maux d'habitude, et met particulièrement en désarroi le système nerveux. Je commence à sortir de cette mauvaise veine, et c'est tout au plus si pendant ce temps j'ai recueilli les voix pour le peu de points qui vous arrêtaient encore ; je me suis convaincue que les transpositions de textes résultaient nécessairement de la forme donnée aux emprunts que vous faisiez, que du moment où vous faisiez un travail libre sur l'Écriture, vous ne deviez rester exactement fidèle qu'à son esprit, et que le changement de circonstances et de personnes que vous vous permettiez était moins hardi, ce que l'on croit indulge souvent, le sens des paroles de l'Écriture détourné de son interprétation première, mais appliqué toutefois dans des vues qui lui restent conformes; encore hier, avant d'avoir vu M. d'Hautefeuille, j'adjurai M. Lacordaire de me dire s'il croyait que l'on pût s'élever contre les paroles des disciples d'Emmaus dans la bouche des Égyptiens, et de l'application faite par Notre-Seigneur, aux noces de Cana, du psaume de la Vigne féconde et des plants d'olivier, et il m'a dit que rien ne lui paraissait moins irrévérencieux, que toutes les fois que l'on ne suivait pas littéralement le texte, ces libertés-là étaient indispensables, M. d'Hautefeuille m'a dit que vous étiez revenue au Lys d^Israël, sans vous arrêter au rapprochement du titre que l'on voulait vous faire éviter, je pense que vraiment ce serait sans inconvénient ; les mêmes choses ne se présentent pas à tout le monde, et on ne se déciderait à rien s'il fallait prévoir tout ce qui peut impressionner. Quant à la fleur de Jessé, ce n'est pas seulement sa racine que l'on m'a opposée, mais encore l'application que M. de Genoude et M. Lacordaire croyaient qui en était faite exclusive-

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