S. SWETCHINE
Chateaubriand avait, lui aussi, envoyé son petit mot :
l36 BALLA.NCHE ET M"^^ d'hAUTEFEUILLE.
Paris, (?) février 1839.
Vous savez. Madame, combien je vous admire. Je n'ai pas encore eu le temps de lire dans son entier le Lys d'Israël. L'apparition de Madeleine au milieu des noces de Cana est merveilleuse.
Pardonnez-moi, Madame, si j'écris ce mot à la hâte, uniquement pour vous prouver que je vous lis et pour vous offrir, avec mes remerciements les plus anciens, l'hommage de mon profond respect.
Chateaubriand.
Encouragée par ces éloges, M"'' d'Hautefeuille préparait déjà un nouvel ouvrage.
28 avril 39.
Votre Jehanne me ravit. Entrez hardiment dans la pensée qu'Agnès Sorel représente la gloire humaine et royale, l'honneur comme on l'appelle : c'est notre idole actuelle. Par conséquent, vous rencontrerez des sympathies nationales, les seules de ce moment-ci. Mais réservez de plus hautes sympathies à votre véritable héroïne. C'est une idée providentielle qni s'est incarnée dans Jehanne. C'est l'idée de l'unité de la France que Michelet a si bien sentie. Ensuite, la France avait une mission à accomplir dans le monde. Charles VII a profité de l'enthousiasme de Jehanne ; il a même cru à l'intervention divine ; mais il ne s'est véritablement associé qu'au sentiment bien vrai, et qui ne manque pas d'héroïsme et de grandeur, au sentiment patriotique d'Agnès. Le patriotisme d'Agnès est le patriotisme exalté et commun que tous sentent ; celui de Jehanne est un patriotisme inspiré qui ne se trouve qu'à la hauteur de la sphère religieuse. Tâchez de réaliser ces deux sortes de patriotisme, et que l'on sache bien que Charles VII n'avait que cette pauvre sorte de patriotisme qui laisse un peuple et un roi tuer ses prophètes. Notre dignité nationale, dont il est si souvent question dans nos