‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 73 sur 139 · CHAPITRE VIII. l4l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. l4l

beaucoup plus particulier que je prends à cette partie des Mémoires de M. de Chateaubriand. Et je suis bien persuadé que vous aussi c'est à cette partie des Mémoires que vous prendriez un intérêt plus direct.

M. de Chateaubriand peut dire de lui-même ce qu'il veut. Il s'est livre au public. Il n'en est pas de môme de M""* Récamier. M. de Chateaubriand ne veut traduire M"^ Récamier devant la postérité qu'avec son assentiment. Elle lui a ouvert ses portefeuilles. Il n'en a fait usage que sous ses yeux. Aiusi, tout est bien entendu entre eux. Lui-même, vous le comprenez, est plein de tous les sentiments les plus délicats pour soigner cette renommée si intacte comme elle mérite d'être soignée.

Je suis là pour ajouter aux soins de l'auteur, pour veiller aux susceptibilités de celle qui en est l'objet.

Vous me viendriez en aide, vous nous viendriez en aide à tous.

Si vous agréez ce plan, il faut que vous ayez l'extrême bonté de faire prendre les cahiers chez moi, parce que je n'oserais pas les aventurer moi-même.

Vous auriez la précaution de m'indiquer le jour où vous enverriez prendre le manuscrit.

Il faudrait que vous voulussiez bien le lire de suite et faire en même temps vos notes à part.

Vous me renverriez le tout par la même voie.

Je dois vous dire que M. de Chateaubriand est maintenant très pressé de compléter son manuscrit dans le dépôt où il doit dormir jusqu'au moment où ses éditeurs l'en tireront.

Je n'ai pas besoin de vous recommander le silence le plus parfait.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.

9 juillet 39.

Vous avez mille fois raison de vous étonner.

l42 BALLANCHE ET M'"« d'hAUTEFEUILLE.

Voici ce qui est arrivé. Vous auriez eu immédiatement le manuscrit si on était venu immédiatement le prendre. Mais vous savez que les choses changent d'un jour à l'autre. Il est survenu la pensée de faire quelques changements, et l'on s'est mis de suite à les faire. Puis d'autres encore. Et toutes ces petites recherches ne sont pas encore terminées. Je vous tiendrai au courant. M""^ Récamier a désiré voir la lettre que vous m'écriviez pour me donner votre assentiment. Elle en a été ravie, et elle a voulu la garder. Il faut être juste, cette lettre était charmante pour M™^ Récamier. Elle contenait, en très peu de mots, une si juste appréciation de ce qu'elle est, que j'en ai conclu, pour moi, le désir de vous voir écrire quelques pages sur elle. Nous eu recauserons. Ainsi, l'envoi du manuscrit n'est qu'ajourné. On tient plus que jamais à avoir votre avis ou, comme on dit à présent, votre impression.

J'ai entre les mains un exemplaire d'un ouvrage du vénérable M. Cazotte. Il vous est destiné. Si vous voulez le faire prendre, par la première occasion, il vous attend.

Je travaille, en effet. Je vous ai dit que je faisais plusieurs mémoires ; ce n'est point de la poésie. Je regarde toujours la situation comme très mauvaise. M. de Lamartine prend une belle position dans la Chambre; j'en suis charmé.

1840 me paraît beaucoup trop près pour la catastrophe que j'attends. Ma foi en l'avenir n'est pas ébranlée, mais la transition m'effraie. N'est-il pas vrai que c'est encore ime chose terrible que d'en être toujours à la transition? Au reste, les choses humaines sont toutes transitoires ; ce monde-ci n'est qu'une transition.

Votre Jehanne, soyez-en sûre, sera merveilleusement belle. Ne vous désolez pas du temps que vous y consacrez.

J'ai envoyé à Turin un exemplaire du Lys d'Israël : il

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