CHAPITRE VIII
est question de le faire traduire en italien. Si la communication réussit, la traduction se fera sous mes yeux.
Hébal.
i5 juillet 39.
Je m'empresse de vous annoncer que vous pouvez faire prendre le manuscrit. Seulement, je vous prie de vouloir bien me dire, un jour d'avance, le moment où vous pourrez le faire prendre, par occasion sûre. Je ne le demandei^ai à M'^e Récamier que lorsque vous m'aurez prévenu.
Je joindrai au paquet le volume de M. Cazotte qui vous est destiné ; je vous assure qu'il vous intéressera vivement. Il exhale un vrai parfum d'honnêteté, de simplicité, de foi antique, de sentiments excellents, de parfaite mansuétude (i).
J'aurais beaucoup de choses à dire sur la situation actuelle; je me bornerai à vous dire que je la trouve théoriquement impossible : la société n'est debout que par le fait.
Les dieux s'en vont, disait-on, sur la fin de l'empire romain.
Les rois s'en vont, disait M. Laine, en juillet i83o.
Les têtes s'en vont, a dit feu M"^* Villars.
J'ajoute : la société s'en va.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
J'ignore le jugement que M""' d'Hautefeuille porta sur le chapitre xi des Mémoires, on le trouverait certainement dans les archives de M. de Loménie. Il importe d'ailleurs assez peu. Nous pouvons présumer qu'il fut inspiré ou revu par Bal-
(i) Témoignage d'un royaliste, par J. Scévole Cazotte.
l44 BALLANCHE ET M"'« d'hAUTEFEUILLE.
lanche, et l'opinion de celui-ci doit être conforme à celle de son amie.
Pour l'instant, le doux rêveur avait déposé la plume, semblant vouloir jouir paisiblement de sa réputation acquise. Craignait-il que sa pensée d'un si haut vol ne fût pas comprise de tous ou qu'on le trouvât trop abstrait. « Faire des livres, disait-il, à quoi bon? La génération actuelle ne les lirait pas, et la génération suivante aura certainement des écrivains supérieurs. » Mais, détaché de la philosophie, son esprit toujours en éveil se dirigeait vers une autre voie.
i5 août 39.
Voici bien une autre aftaire à laquelle vous ne vous attendez point.
Je viens d'inventer une raacliine hydi-aulique d'une très grande puissance.
Je fais faire le mémoire et les dessins et, d'ici à un mois, je compte prendre le brevet d'invention.
D'ici là, je m'occupe d'une application immédiate, et j'ai songé à Versailles.
Voici les renseignements que j'ai obtenus :
Le service de l'aqueduc de Marly se fait par des moyens insuffisants et qu'il est question de remplacer.
Il paraît que Versailles a manqué d'eau cette année, ce qui ne lui était pas encore arrivé depuis plus de cinquante ans.
C'est ce qui a donné lieu à plusieurs projets pour éviter cet inconvénient pour l'avenir.
Une commission est nommée pour examiner ces divers projets.
Le conseil municipal offre déjà 400,000 fr. pour la construction d'une machine nouvelle devenue nécessaire.