CHAPITRE VIII
Vous connaissez Versailles. Je voudrais savoir à qui je pourrais m'adresser avec confiance pour avoir toutes les données du problème à résoudre, c'est-à-dire la quantité d'eau à élever par jour, la hauteur, etc., etc. ?
Dès que j'aurai les données, je m'occuperai d'un mémoire pour l'application spéciale aux besoins de Versailles.
Je puis vous dire, dès à présent, que ma machine serait d'une telle puissance qu'elle pourrait promettre tout ce qu'on lui demanderait.
Toutefois, comme il ne s'agit encore que d'un principe, je ne me soucie point d'en parler. Je crois avoir tout prévu ; cependant, il serait possible qu'il y eût des difficultés non soupçonnées et qu'il faudrait surmonter.
Je ne voudrais parler de cet objet que lorsque je serais parfaitement sûr de la possibilité d'exécution.
Versailles me servirait merveilleusement, parce que ma théorie s'appliquerait à des mesufes positives.
C'est l'à-propos de la circonstance qui me force à rompre le silence plus tôt que je ne l'aurais voulu.
Voyez donc, je vous prie, avec M. d'Hautefeuille, si vous pourriez me donner quelque direction.
J'ai dit, pour aujourd'hui.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
M. et M""^ Lenormant sont en Normandie.
Ampère va faire une petite absence.
L'Abbaye devient solitaire.
Mme Récamier n'ose pas se remuer parce qu'elle n'est pas assez sûre de sa santé. On s'occupe toujours des Mémoires. Ne m'oubliez point auprès de tous. Travaillez-vous ?
29 septembre 89.
Voici huit jours que j'ai eu le grand plaisir de voir
l46 BALL ANCHE ET M*"* d'hAUTEFEUILLE.
M. d'Hautefeuille. J'avais reçu votre lettre plusieurs jours auparavant avec, tous les jours, le dessein d'y répondre. Mon Dieu ! comme le temps passe.
Mra« Récaraier a presque toujours été souffrante. Moimême, j'ai été un peu opprimé par la mauvaise saison. Mais je suis bien, et M'"^ [Récamier est restée assez souffrante-
Nous sommes presque seuls à Paris. Ampère fait des courses ici et là. M. et M""" Lenormant sont en Normandie. M. de Chateaubriand n'a pas remué. Sainte-Beuve est pourtant ici. Quinet aussi. Vous vous contenteriez, je crois, de cette solitude, et vous y ajouteriez beaucoup d'agrément.
Ce que vous me dites de M'"«j de Kergorlay me fait un plaisir inflni. Je savais déjà qu'elle était dans une bonne phase de santé. M. de Kergorlay a été d'une grande perfection pour des recommandations de M™^ Récamier. Dites-lui, je vous prie, combien elle en a été touchée et reconnaissante.
M. d'Hautefeuille m'a dit que vous aviez le projet de venir passer quelques jours à Paris sur la fin du mois. J'en suis ravi. Je vous dirai que vous me trouverez peu disposé à voir les bêtes.
Certainement, j'ai parlé de votre protégé, le relieur de M. Wilson. Sachez que M. Lenormant a été de fort mauvaise humeur pour tout ce qui tenait à la bibliothèque. De plus, un sous-bibliothécaire m'a dit que le protégé était un peu cher. J'en reparlerai.
Je suis pour Jehanne : c'est là le véritable nom. D'ailleurs, il faut la séparer de M. de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi Louis XV.
Mes entrailles paternelles se réjouissent toujours lorsqu'on dit du bien d'Antigone ; c'est ma fille préférée.
Quant à mon invention, je n'ai aucun doute sur la théorie. J'ai déjà épuisé deux calculateurs qui ont fait, à ce