CHAPITRE VHI. l
sujet, de l'algèbre à n'en plus finir. Les difficultés sont énormes, et je suis d'une grande fécondité de moyens pour tourner ces difficultés. Il me reste à employer les ressources d'un homme pratique ; c'est ce que j'ai commencé à faire. Les lois physiques sont irréfragables. Or, j'agis en vertu de deux lois physiques qui, toutes les deux, remontent à Pascal. L'une a été fort employée, et l'est tous les jours; seulement, j'en tire des effets successifs dans la théorie, et simultanés dans la pratique : c'est là la merveille. L'autre n'est employée que depuis une trentaine d'années, mais à l'état de force passive, et je la fais passer à l'état de force active ; c'est-à-dire que c'est un effet dont je fais une cause. Autre merveille si l'on veut.
Lorsque M. de Montalivet sera ici, je le verrai, parce que c'est par lui que j'aurai tous les renseignements sur Versailles.
Mille respectueuses tendresses.
Hébal.
8 octobre Sg.
M. de Kergorlay a eu l'extrême bonté de venir et de revenir me voir pour arranger un voyage à Saint-Vrain. Il met à tout cela un empressement très aimable, où je reconnais bien votre vive sollicitude.
M. Récamier me veut encore quelques jours sous ses yeux.
Depuis vous, M""* Récamier vient, tous les jours, passer la soirée auprès de moi, ce qui me fait quelquefois des soirées très brillantes, mais toujours très agréables.
Je sais que Justin Maurice est très exact à vous écrire.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
Le mérite littéraire de Ballanche désormais reconnu devait un jour recevoir une consécration
l48 BALLANCHE ET M'"^ d'hAUTEFEUILLE.
officielle. Bien que notre tliéosophe émît le désir de rentrer dans son silence, puis de ne vivre que pour ses amis, ceux-ci le poussaient vers l'Académie française.
II octobre 3q.
Je n'avais pas trop le mouvement de r-éclamer contre mon insertion dans la liste de la candidature académique, mais les ignobles lazzis du Charivari et du Corsaire m'y ont décidé (0. J"ai écrit un simple mot au Journal des Débats, uniquement pour nier le fait de ma présentation. Ma lettre a été insérée hier; elle n'a pas plus de trois lignes.
Entre nous, je dis toujours que je me présenterai pour remplacer M. de Bonald, mais c'est une manière de répondre aux bienveillantes sollicitations de quelques-uns. Je suis bien décidé à ne point me présenter. Je mourrai tranquille, sans courir les chances d'un éloge académique peut-être fort médiocre et fort absurde.
J'attends toujours un jeune Montgolfier. J'ai besoin d'un homme pratique pour savoir les moyens dont la mécanique peut disposer; ensuite, il me fournira sans doute un faiseur de dessins. Je ne crains qu'une chose, c'est la complication de la machine. La seule difficulté est là, et c'est pourquoi j'ai besoin d'un homme pratique. Au reste, cependant, la complication de ma machine n'est pas comparable à la comphcation de la machine à vapeur. Il est vrai de dire que cette machine à vapeur s'est faite successivement, par une suite de tentatives dont les premières ont été assez infructueuses. La mienne est faite de toutes pièces et complète, mais seulement dans ma tête.
Je ne vous ai pas assez dit combien j'ai été satisfait de
(I) Le Charivari du 9 octobre contient un article : Physiologie de candidature académique, où le candidat est largement raillé.