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CHAPITRE VIII. iS

3o mai 40.

Je suis retombé, mais sans gravité. Je suis condamné à rester quelques jours chez moi, à la diète la plus sévère, M. Récamier avait raison et je suis bien décidé à lui obéir. Cette réclusion forcée ne nuira point à la suite de mon travail. Au contraire, car, depuis quelques jours, mes traînasseries de santé me retardaient.

Tous les projets de M"® Récamier sont incertains. Les miens ne peuvent pas l'être. Deux choses s'opposent à toute incertitude de ma part. Il m'est impossible de songer à un voyage avec ma situation de santé. Et ma situation de santé me prescrit en même temps de ne mettre aucun retard dans l'achèvement de mon travail.

Sans doute, ce sera fort triste de rester ainsi seul, mais quand il n'y a pas lieu à examiner, on se résigne. 11 convient assez à l'homme d'être, de temps en temps, à l'abri de la pensée d'avoir à choisir. J'espère que cette solitude me servira du moins à avancer dans ce qui doit être la clôture de ma carrière.

Si je survis à l'accomplissement de l'œuvre, ce qui est très probable, je serai tout entier à mes amis.

Toutefois, je ne désespère point d'aller passer quelques jours à Saint- Vrain, mais ce ne sera peut-être la semaine prochaine. Vous pouvez être sûre que j'y ai songé plusieurs fois, et que M"'® Récamier y songeait aussi.

Dans ce moment, j'ai trop besoin de Fanny, et je ne pourrais être que très incommode ; d'ailleurs, je ne suis pas encore assez lancé dans ma revision et mes épreuves.

Keppler disait : je puis bien attendre que mon temps soit venu; Dieu n'a-t-il pas attendu un observateur tel que moi?

Comprenez- vous le mj^stère?

Il est vrai que Dieu est éternel.

Il y a vingt-deux ans que j'ai publié les Institutions sociales.

l58 BALLANCHE ET M"« d'hAUTEFEUILLE.

Sauriez-vous bien me dire depuis quand on les lit, si même on les lit? Mais on les cite.

Ne vous découragez pas.

Une seule chose m'aurait décidé à une petite publication à part, c'aurait été le cas où cela m'eût soulagé de quelque chose pour ma grande édition. Mais ce résultat ne pouvant être obtenu, je ne m'en soucie en aucune façon.

Je sais de quelle noce vous me parlez.

Enfin, je pourrai vous entrevoir quelques instants la semaine prochaine.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Mes plus tendres remerciements à M. d'Hautefeuille ; vous pouvez bien lui dire de ma part, comme Lafontaine chez qui vous venez : J'y songeais.

26 juin 40.

J'ai fait hier ma petite course à Bièvre avec M"* Récamier, M'"^ Lenormant et Mgr Canova.

M. Récamier a été plein de soins pour tous, et pour moi en particulier. Il persiste à me faire suivre le même régime encore quelques jours, y compris les bains d'immersion.

Ma petite course ne m'a point fatigué.

Merci mille fois de me faire participer aux choses saintes !

Mon curé est très soigneux à mon égard ; je crois qu'il m'épie un peu pour me saisir au cas où je voudrais partir sans être en règle, chose dont je n'ai nulle envie.

Je pense tout à fait comme vous sur Justin Maurice. Je suis loin de contester sa nature poétique; je l'ai tout de suite sentie. Mais, malheureusement, il n'est doué qu'à la mesure d'une femme; ce qu'il a est insuflisant pour un homme dans ce temps-ci. Avec un peu plus d'énergie, au lieu d'être novateur comme Victor Hugo, il serait régénéra-

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