CHAPITRE VIII
teur. Alors, il prendrait en poésie la place que des artistes allemands prennent dans l'art. Et sa place serait belle en France, car elle n'a pas encore été prise, même par M. de Lamartine. Je vois bien des essais ; nul ne dépasse le niveau de Justin Maurice. Toutefois, M. de Lamartine vient de faire un grand pas, à mon avis; il vient de donner une nouvelle édition corrigée de la Chute d'un ange. C'est ce mot corrigé qui est un grand pas, un pas immense pour M. de Lamartine. Vous comprenez bien que si je trouve le don de Justin Maurice suflisantpour une femme, je ne conteste en aucune façon la possibilité pour une femme de s'élever au-dessus de ce niveau, surtout dans ce temps-ci. Je reconnais très bien la supériorité de certaines femmes, et même je suis très disposé à croire que, pour toutes en général, la moyenne est plus élevée que celle des hommes.
Ceci m'amène à notre Jchanne dont nous causerons plus tard.
Nous aurions besoin d'un Savonarole en poésie, au bûcher près ; et Justin Maurice ne peut pas être cela.
L'abbé de Lamennais s'y est brisé avec sa nature souffrante qui était bien une nature d'homme.
Mille et mille tendresses respectueuses et mille actions de grâces pour vos sollicitudes.
Hébal.
10 juillet 40.
Je m'empresse de vous écrire un mot pour vous dire qu'aujourd'hui je suis très bien. J'espère que cela va continuer et qu'alors j'aurai pleine liberté d'aller me mettre sous votre protection et celle de M. d'Hautefeuille.
M. Récamier me disait hier soir que je devais continuer, même à la campagne, ces bains d'effusion, où M. Constant m'a vu plongé.
Croyez-vous que ce ne serait pas trop d'embarras, chez vous ?
C'est Fanny qui me les donne avec une véhémence pro-
l6o BALLANCHE ET M"^« d'hAUTEFEUILLE.
digieuse ; ce serait elle qui me les administrerait courageusement à Saint- Vrain ; mais encore faut-il qu'il y ait possibilité.
M°"= Récamier est ébranlée sur son voyage d'Ems. Elle a toujours l'extrême bonté de me faire elle-même mes soirées. Quelquefois, je m'aperçois bien de sa fatigue, malgré sa dissimulation.
Je m'empresse de vous donner de mes nouvelles, parce que je crains les lettres de Justin Maurice et la présence de M. Wilson. Jamais, depuis ma rechute, je ne me suis mieux trouvé ; cela me paraît plus que de la convalescence.
Mille tendres et respectueuses amitiés à vous, à M. d'Hautefeuille, à toute la colonie.
Hébal.