‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 84 sur 139 · CHAPITRE IX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. l

plus grande encore. Je ne puis me livrer à l'exécution de cette seconde machine qu'après que j'aurai assuré le sort de la première, parce que cette seconde machine exigera des frais énormes que je ne pourrais faire sans cela.

Ne vous étonnez pas tant de ce mouvement de mes idées. Il n'est point nouveau chez moi ; seulement, ce sera la première fois que j'aurai poussé une invention à bout. Imaginez-vous que sitôt que je vois une machine, je la saisis tout de suite, et je ne puis m'abstenir d'en faire immédiatement une autre.

J'ai de bonnes nouvelles de M™* Récamier, de la route. Elle est bien rassurée sur moi, parce qu'elle me croit auprès de vous. J'espère beaucoup de ce voyage.

Mes plus tendres et respectueuses amitiés.

IIÉBAL.

On dira donc d'Hébal qu'il fut grand mécanicien, car, voyez-vous, ses inventions, si elles se réalisent, compteront certainement au nombre des inventions les plus importantes.

En attendant, n'en parlons point.

Ballanche se trouvait dans la béatitude au château de Saint- Vrain, et attendait patiemment le retour de M'"*' Récamier qu'il tenait au courant des événements. Quelle dut être sa joie lorsqu'un jour M™® d'Hautefeuille lui montra cette lettre reçue le matin même de l'adorable Juliette :

Ems, 5 août.

Oui, chère madame, vous m'avez fait un véritable bien en me donnant vous-même des nouvelles de notre ami, tout mon désir était de le savoir près de vous ; il me parle avec une vive reconnaissance de la perfection de votre hospitalité. Il me semble qu'il ne pouvait trouver qu'en

l64 BALLANGHE ET M"^ d'hAUTEFEUILLE.

VOUS ce qui lui est si nécessaire dans ce moment : l'intérêt dans le calme ; vous vivez des mêmes idées, vous parlez la même langue, que j'aimerais à vous entendre, à me trouver avec vous dans cette aimable retraite si bien habitée ! Quel contraste avec l'isolement où je vis, presque tout ce que je connaissais est parti, je m'occupe uniquement de ma santé, c'est bien la plus soLte, la plus stupide, la plus triste des occupations ; j'ai bien besoin, pour y persévérer, de me dire que c'est un sacrifice que je fais à mes amis, que je n'ai eu le courage de les quitter que pour les occuper moins tristement de moi.

J'ai été plusieurs jours bien souffrante et bien découragée, mais je suis beaucoup mieux depuis trois jours et je commence à espérer.

Adieu, très chère madame, rappelez-moi au souvenir de M. d'Hautefeuille, parlez de moi avec notre ami, et recevez l'expression de mon attachement et de ma tendre admiration.

(Sans signature.)

Ballanche se laissait bercer par les soins exquis de son hôtesse. Il écrivait à M"'' Récamier : « M. et M""^ d'Hautefeuille sont d'une perfection d'hospitalité, d'attentions et de prévenances dont on ne peut se faire une idée. Je me couche de très bonne heure, on se tient dans ma chambre, M. et jyjme d'Hautefeuille reçoivent leurs visites chez moi autour de mon lit. Je ne me suis point encore remis au travail, mais je ne tarderai pas ('). » Il faisait de courtes promenades et jouait aux échecs avec la maîtresse de maison. Il pratiquait, comme

(i) Souvenirs et correspondance de M"' Récamier, t. II, p. 498.

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