CHAPITRE IX. l
il l'affirmait lui-même, le régime pythagoricien, mais il avait trouve là une seconde Antigone <•>. Surveillé comme un enfant chéri et pris par le charme de la campagne, le bonheur du retour à Paris lui troublait néanmoins le cœur; ce fut à la fois triste et joyeux qu'il regagna l'Abbaye-aux- Bois.
Paris, 7 septembre ^o.
Je suis tout étonné de me trouver chez moi, et tout désorienté. Voici une autre solitude qui va commencer. Il faudra bien que la vie s'arrange autrement. Il n'y a pas moyen d'être toujours séparé d'une partie de soi.
J'ai dîné hier avec M™^ Récamier, Paul et Ampère.
J'ai trouvé M""* Récamier aussi fatiguée que je m'y attendais. Et, cependant, je n'ai pas trouvé son visage altéré. Elle regrette toujours son voyage. Ce que M. de Kergorlay vous a écrit était vrai ; je crois qu'il l'avait pris dans un journal. Mais ce petit mouvement a duré fort peu, parce que M^" Récamier a été souflrante tout de suite, qu'elle s'est tenue chez elle enfermée et, sitôt qu'elle a été remise, tout avait disparu. C'est comme une vision dont elle s'est à peine aperçue, ce qui a fait qu'elle n'en avait rien écrit. Elle a été, pendant quelques jours seulement, contente des eaux, puis elle a été obligée de les suspendre. J'espère donc que, plus tard, elle en aura, le bénéfice. Nous n'y sommes pas ; j'apprends, ce matin, qu'elle a eu une très mauvaise nuit.
J'attends avec une vive impatience de vos nouvelles. J'espère que M. Charles est tout à fait rétabli. Mes tendres et empressés souvenirs à lui, à M. de Sivry, dont j'ai si peu profité, à M. d'HautefeuiUe, qui a été pour moi d'une
(r) Lettres citées par E. Herriott.
l66 BALLANCHE ET M""^ d'hAUTEFEUILLE.
bonté si parfaite, et par qui je n'ai point été assez battu.
Je vais m'occuper de vous de toute façon. Je reçois, à l'instant, des volumes de Sismondi. Malheureusement, ce qu'on m'envoie ne contient que le règne de Charles ^''I.
Mme Récamier me disait hier quelle voudrait beaucoup que vous puissiez, quand vous venez à Paris, vous loger dans notre intérieur, de manière à ce que nous soyons toujours ensemble. Je ne demande pas mieux. Ce que tous veulent doit finir par pouvoir s'arranger. Ce point gagné serait beaucoup. D'abord, il faut toujours que vos séjours aillent se prolongeant, à cause de M. Charles. Ensuite, M™e Récamier ne sera plus tentée du voyage des Eaux. N'y aurait-il pas moyen, pour elle, d'avoir un établissement de campagne dans votre voisinage ? Elle et vous, vous vous convenez si parfaitement !
J'ai vu, ce matin, M. Mourier. Je suis très content de lui. J'ai vu aussi M. Bataille, dont je suis également très content.
Mes empressés et respectueux compliments à M. le curé, à M. Constant, à M. Dieu, à M. de Mortemart.
Quand je me suis trouvé seul dans cette diligence, j'ai été comme un animal pris au piège.
Je n'ai point été fatigué, je suis certainement en très bonne voie.
Je vous écrirai plus au long un autre moment.
Point de nouvelles de Justin Maurice.
lo septembre ^o.
J'ai reçu votre si bonne lettre qui m'a vivement ému. Oui, nous nous arrangerons pour dominer notre destinée. Mme Récamier y donnera les mains de cœur et d'àme. Ma seule peur est que la guerre vienne tout déranger dans le monde, car notre monde à part finira par s'arranger.