CHAPITRE IX
jVfme Récamier est très souffrante en ce moment. Elle a eu, la nuit dernière, une crise très violente. En voilà encore pour quelques jours. Ensuite, j'espère que notre train reprendra. Tenez-moi au courant de toutes vos santés. J'ai vu hier M. Récamier, mais à l'Abbaye, auprès du lit de ]\|me Récamier. Je lui ai cependant dit quelques mots de ma santé. 11 m'a fort approuvé d'avoir raodiiié mon régime dans le sens de la sévérité. Il me conseille fort de persévérer dans cette sévérité. Il suspend les bains et les choux, à condition de les reprendre à la première alerte. Il me permet le raisin mûr, hors des repas où entre le lait comme boisson ou comme nourriture. Je vous dis ces choses parce que je sais que vous me les demanderiez si j'oubliais de vous les dire. Il était dans ma destinée d'arriver au régime pythagoricien.
Je vous ai envoyé, par ma dernière lettre, des notes qui vous prouvent combien je voudrais dater de Saint- Vrain. J'ai vu, par moi-môme, la situation de ma machine. J'ai prescrit des corrections auxquelles on va travailler. J'espère pouvoir faire une expérience à la fin du mois. Vous savez qu'il ne s'agit encore que de la pompe à élever l'eau à toutes les hauteurs. La seconde partie de l'appareil s'exécutera à loisir. Celte seconde partie est aussi très ùnportante, puisqu'il s'agit d'un moteur tout nouveau, mais je ne m'en occuperai qu'après, parce qu'il faut que je connaisse la force dont j'ai besoin.
Quant à l'appareil pour la navigation, il est à l'état de dessin rudimentaire. Je ne le pousserai plus loin que lorsque le sort de l'autre sera assuré. Cependant, je désire fort y arriver, puisque c'est à Saint- Vrain que je voudrais lancer mon premier bateau.
Je reçois, à l'instant, une lettre de M. Guillemon qui est, à présent, à Nîmes. Je lui ai tourné la tête par mes projets de rénovation de la science. Il y entrera de toutes ses facultés. Toutefois, la guerre peut déranger cette partie de
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mes projets, M. Guillemon étant officier du génie et voulant servir, dans ce cas (i).
Mille respects, mille tendresses, mille espérances.
Hébal.
22 septembre 40.
Justin Maurice est à Wiesbaden. Il n'a pas trouvé la grande-duchesse ; elle n'arrive que dans quelques jours. II ne me parle pas de son jeune élève.
M""^ Récamier est bien, sauf un peu de fatigue le soir.
Je suis bien. Je continue à me retirer sur les neuf heures.
Justin Maurice a trouvé un charmant petit volume qui est une contrefaçon belge de Léa Cornelia.
Mon pauvre M. Mourier a presque toujours été souffrant depuis mon retour, ce qui me retarde un peu.
Savez-vous quelque chose de nouveau au sujet du gouverneur que M. de Mortemart désire trouver?
Ceci est uniquement pour vous tenir au courant. Tâchez, je vous en supplie, de me tenir aussi au courant.
Mrue Récamier est toujours fort occupée des moyens de mener, autant que possible, une vie commune, soit à Saint- Vrain, soit à Paris.
Mille et mille respectueuses tendresses, mille tendres amitiés.
26 septembre 40.
]yjme Récamier m'a dit hier quelle avait reçu une lettre charmante de vous.
Elle m'a dit que vous lui proposiez un plan que je n'ai pas très bien compris. Je crois qu'il sera toujours très difficile de faire quelque chose avec M'"^Récamier. Cela serait beaucoup plus possible entre vous et moi. Je ne comprends
(i) M. Guillemon était nussi littérateur. On a de lui : De l'intelligence et de lo foi, Paris, 1840, in-8, et VHomme sans asile, Paris, i843, in-8.