CHAPITRE IX
rien à cette impossibilité absolue qu'elle éprouve lorsqu'il s'agit d'écrire n'importe quoi. Et rien ne lui manque pour écrire des choses charmantes. Ceci entre nous, jusqu'à ce que nous ayons pu en causer.
Je n'ai point revu M. de Sivry ; j'espère cependant le voir de temps en temps. Je suis persuadé que le mouvement et un peu de repos d'esprit lui feront du bien.
Je me trouve beaucoup mieux, et, cependant, je ne me suis pas remis au travail. Avant de songer à la Thcodicéc, je pense à Charles VI. Où en êtes-vous?
J'ai eu hier un moment de vive colère au sujet de notre situation qui me paraît de plus en plus compromise par noire ignoble dictateur. Je n'ai que de tristes pressentiments.
Je ne sais comment il est arrivé que je ne vous ai pas encore remercié de vos excellents raisins ; c'est qu'en vérité, la plupart du temps, j'oublie le temps et l'espace. Aujourd'hui, je puis ajouter à de simples remerciements, car je suis convaincu que ces raisins m'ont fait le plus grand bien.
Je n'ai rien de nouveau à vous mander au sujet de M. Mourier. Voici plusieurs jours que je ne l'ai point vu ; je le crois encore souffrant.
Mes tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
La politique du moment ne pouvait manquer d'intéresser le vieux maître. Un des actes les plus reprochés au gouvernement de Louis-Philippe, le traité de Londres, venait de ressusciter l'éternelle question d'Orient, et nul ne savait alors si une guerre n'allait pas en résulter. Le gouvernement appela i5o,ooo hommes sous les drapeaux, décida de fortifier Paris, commanda de nombreux arme-
IJO BALLANCHE ET M'"^ d'hAUTEFEUILLE.
ments maritimes, M. Thiers se préparait à la lutte. Pendant ce temps, le prince Louis Bonaparte tentait l'affaire de Boulogne qui ne réussit pas, mais lui amena les Français — et ils étaient nombreux — aimant le courage et la témérité. Il réveilla aussi les anciens serviteurs de l'Empire, toujours prêts à suivre le nom prestigieux. Ballanche contemplait ces événements avec curiosité.... et s'occupait d'inventions mécaniques.
3o septembre ^o.
Il faut que je ne m'expose pas, cette fois-ci, à demeurer une éternité sans vous faire connaître tous mes ravissements pour les raisins de Saint- Vrain, qui sont de vrais raisins de la terre promise. Je crois qu'ils me font grand bien, et qu'ils continuent le bienfait de la si douce hospitalité que j'ai reçue. Fanny faisait des bonds de joie en me montrant, tout à l'heure, les grappes une à une. Et moi, je suis confus, car je vous dépouille ; j'ai bien vu que vos treilles ne devaient pas suffire à de telles prodigalités.
Je reçois à l'instant une lettre de notre voyageur. Croiriez-vous que lui et son élève ont été suspects à la police de Wiesbaden? Ils étaient observés, suivis pas à pas. Enfin, tout est expliqué. Ses princesses n'arriveront que dans une quinzaine de jours. Il va visiter Mayence, Cologne, Gassel, etc., tâcher d'apprendre l'allemand pour prendre patience. Il ne me le dit pas, mais je crois que son pauvre argent s'en va.
Il a trouvé ime contrefaçon belge d'Angélique. La véritable opinion sur ce livre comme sur Léa CorneUa viendra de l'Allemagne. Vous savez que ma renommée a commencé par là.
Je vous assure que la prétention des Français à être audessus de tous les préjugés est la prétention la plus fausse.