‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 88 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il nie semble que l'opinion commence à se retirer de notre petit premier ministre casse-cou. En attendant, on dit que lui et les siens gagnent beaucoup d'argent.

On juge moins sévèrement le prétendant Bonaparte depuis qu'on le connaît un peu plus personnellement. On fait la part des illusions naturelles, de la situation et du caractère.

Êtes-vous à Orléans?

Je n'ai pas revu M. de Sivry.

Aujourd'hui toute la famille Lenormant revient à Paris.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.

6 octobre 40 • Je vous remercie à la fois de vos si bonnes lettres et de vos bons raisins, la santé de l'âme et du corps.

M™« Récamier est toujours dans la môme situation; toutefois, je trouve toujours qu'il y a amélioration. Elle me prêche beaucoup pour changer de logement. Elle voudrait que je fisse en sorte de recevoir chez moi M. d'Hautefeuille, son fils et le précepteur pour pouvoir vous avoir sous son verrou. Je ne demanderais pas mieux. Un instant, j'ai cru cela arrangé, mais l'appartement que j'avais en vue n'aurait pas été convenable sous d'autres rapports. J'espère cependant y parvenir. J'ai pris en déplaisance le Bon Lafontaine, qu'autrefois j'aimais assez, comme vous savez. Mais, à présent, je suis bien certain que c'est vous qui en faisiez le mérite.

Nous sommes à la guerre,, sans nul doute, et je n'y crois pas encore, et j'y crois moins qu'il y a quinze jours. J'avoue que notre situation n'est pas glorieuse, mais nous portons la peine d'avoir détrôné le seul roi possible, pour nous ranger sous la dictature de M. Thiers, caprice parlementaire que nous avons payé cher, mais qui nous coûtera plus cher encore.

172 BALLANCHE ET M'^« d'hAUTEFEUILLE.

Quant au prince Louis, il s'est conduit d'une manière digne dans tout ceci. Il me paraît avoir plus gagné que perdu. Je ne crois pas qu'il se soit aventuré sans quelques chances, et ces chances, à mon avis, sont loin d'être perdues.

Retenez bien ce que je vous écris à la date du 6 octobre 1840; après la restauration bourbonnaise qui a fini comme vous savez , on tentera une restauration napoléonienne qui finira comme nous ne savons pas. Remarquez toutefois la différence. Les Bourbons ont été entraînés sans aventurer leur personne. Le duc d'Orléans est venu luimême lorsque la place lui a été faite. Celui-ci a deux fois payé de sa personne, et, de plus, il est en France, et les cendres de Sainte-Hélène sont en route pour revenir.

Je suis très attristé d'une telle situation, et, il faut que je l'avoue, le triste résultat dont je vous parle n'est pas la pire des chances que je prévois.

Je n'oserais ni écrire ni imprimer mes pressentiments; mais, dans l'introduction projetée, j'aurai des choses à dire, selon le moment où Jehanne m'en offrira l'occasion.

Je ne vois point M. de Sivry. Je voudrais bien, s'il ne va pas à la mer, qu'il fît un traitement quelconque.

Hébal.

i5 octobre 4o- Je ne suis plus étonné de ne point voir ce pauvre M. de Sivry. Sitôt que je pourrai trouver à disposer de quelques moments, j'irai le voir à Versailles. Outre votre affection, j'ai vraiment pour lui les sentiments les plus tendres. Il est bien cruel qu'un jeune homme si distingué soit arrêté dans ses études. Il faut espérer cependant que son état finira par s'améliorer. Mais, hélas ! je crains bien qu'il ne soit prudent de le tenir éloigné de Monsieur votre fils jusqu'à parfait rétablissement. Alors, je crains bien qu'il ne puisse

Page 1