CHAPITRE IX
pourvoir à abréger la suspension des exercices de Charles. Il est arrivé à un âge où l'étude profite. Je voudrais bien que votre situation vous permît de venir faire un établissement à Paris, où vous trouveriez plus de ressources par M. Lenormant et par Ampère.
J'ai vu M. Debécourt. Il ne paraît pas qu'il veuille se départir de ses propositions. 11 a plusieurs ouvrages pour lesquels il a obtenu les mêmes conditions. Dans l'état fâcheux où est la librairie, il trouve plus avantageux de disperser ainsi ses ressources, pour éviter de les concentrer sur une seule spéculation. Par ce moyen, il multiplie ses chances sans augmenter ses déboursés. Ainsi, il vous offre de prendre deux cents exemplaires et de dépenser 200 fr. d'annonces. Mais il veut conserver toujours le monopole en s'engageant à vous prendre de nouveaux exemplaires à mesure de vente. Il prétend que les deux cents premiers exemplaires seront bientôt vendus, et qu'alors il en prendra immédiatement deux cents de plus, chose qu'il ne pourrait pas faire s'il était limité par le temps. Il remarque que la vente doit graduellement diminuer, et ([u'il peut arriver aux deux derniers cents devenus durs à la vente. Voilà ses observations qui méritent bien d'être pesées.
Au reste, dans la situation d'esprit où vous êtes, je crains bien que le travail ne vous soit bien difficile. Hélas! que la vie est pleine de troubles et d'angoisses !
Quant à ma découverte, elle prend toujours plus d'importance. Je viens d'y ajouter une idée cpii me dispense complètement de faire les essais de navigation que je m'étais proposé de faire.
Je suis en possession d'un moteur qui pourra s'appliquer aux rivières, aux canaux, à la mer, et peut-être même aux wagons de chemins de fer.
Alors la révolution serait complète.
Alors mon invention dépasserait la vapeur.
174 BALLANCHE ET M'"^ d'hAUTEFEUILLE.
Je n'ose pas encore affirmer, mais, en vérité, ma théorie est certaine.
Deux places sont vacantes à l'Académie. M""^ Récamier me demandait hier si je me mettais isur les rangs.
Je l'ai priée de vouloir bien répondre que j'ajournais ma candidature à la vacance du fauteuildeM.de Bonald.Mais je lui ai expliqué que j'avais un autre plan.
Le mémoire que j'ai à faire sur mes inventions est d'une telle importance que je compte m'en faire un titre pour l'Académie des sciences. Je crois que mon titre serait tellement au-dessus de tous les titres possibles que l'Académie des sciences ne pourrait s'abstenir de m'ouvrir ses portes à deux battants. Alors, l'Académie française ferait ce qu'elle voudrait.
Je me présenterais chez elle, imperturbablement, jusqu'à un refus.
Tout ceci peut avoir lieu d'ici à trois mois.
Ce qui peut me retarder, c'est la santé de M. Mourier, car le nombre des dessins à faire exécuter est très considérable.
De plus, pendant la formalité des brevets, je veux faire graver les dessins et imprimer le mémoire.
Quant à l'argent, nous en aurons tant que nous voudrons.
Je dis nous, car pour moi seul il m'en faut peu.
La seule chose qui doit m'en faire sentir le besoin pour moi, c'est le projet dont je vous ai parlé de faire une publication des monuments scientifiques antérieurs au xvie siècle. Car je persiste dans mon projet de la restauration de la science.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
14 novembre 40.
Je suis charmé qu'enfin vous ayez rencontré un curé convenable.