CHAPITRE IX
Je regrette beaucoup M. de Sivry, entre autres choses, pour le travail de la correction de vos épreuves. Malheureusement, je ne puis yous être bon à rien. Une circonstance vient de me révéler ma parfaite incapacité pour le moment. J'avais un empressement très grand à lire le nouvel ouvrage de M. de Lamennais. Je n'ai pu me tirer encore du premier volume (i). A la lettre, je n'y comprends rien. Vous savez que, déjà, j'ai été obligé de suspendre la Théodicée de l'histoire. Comment ferai-je l'éloge de M. de Bonald? J'espère pourtant que je n'aurai pas le chagrin de ne pouvoir pas faire une introduction pour Jehanne.
En vérité, c'est une chose bien singulière qu'il m'ait été donné, au milieu de cette incapacité , de faire et de compléter la plus grande découverte du siècle. Je me souviens qu'autrefois j'ai écrit V Homme sans nom avec une telle abolition de la mémoire , que j'avais absolument perdu jusqu'au sens de l'orthographe.
20 décembre 40.
J'ai eu, hier matin, une petite reprise qui n'a rien été ; aujourd'hui, je suis trop bien. Hier, j'ai gardé le lit; aujourd'hui, je me contente de garder la chambre.
M™e Récamier, depuis une quinzaine de jours , est très souffrante, mais de son rhumatisme. Elle est obligée de rester couchée.
Fanny va chercher de ses nouvelles et lui porter des miennes.
M. Mourier sort de chez moi. Il est toujours de plus en plus enchanté. Les dessins avancent, et plus l'idée prend du corps, plus elle devient imposante.
J'ai eu, hier, la visite d'un M. de Villers, qui vient de
(1) L'écrivain fait sans doute allusion aux Questions politiques et philosophiques, qui parurent en 2 vol. in-iG, à la fin d'août 1840.
i;j8 BALLANCHE ET M^^ d'HAUTEFEUILLE.
visiter l'Allemagne pour les monuments de la science anté rieurs au siècle de Galilée. Il est d'accord avec moi que Rome doit être très riche. Il écrira à M. Guillemon toute notre conversation, qui a été, je vous assure , très importante.
M. Guillemon a été assez malade. J'attends de lui une lettre pour les instructions détaillées à donner à M. de Sivry. Il ne perdra pas son temps à Rome. Il sait déjà en gros de quoi il est question. D'ailleurs , il faut bien qu'il voie Rome. De toutes les lettres que je lui ai données, aucune ne pourra être remise. M. Lacordaire est en route. M. l'abbé Muret est à Munich. M. l'abbé Gerbet s'est retiré à la Cava, ravissant monastère au delà de Naples. Il ne trouvera donc que M. de Gazalès pour qui je ne lui ai point donné de lettre, mais il en a une de M. Debécourt.
Je lui ai envoyé deux lettres pour le général des jésuites et pour un savant abbé ; elles sont de M. de Montalembert.
J'ai prié M. Lenormant de me chercher un jeune homme pour l'intérieur de M. de Sivrj'.
Cette nuit, pendant quelques heures d'insomnie, j'ai arrangé, dans ma tête, mon discours de réception. A ce sujet, j'ai une prière à vous faire. On m'a dit que le meilleur article biographique sur M. de Ronald se trouve dans le Dictionnaire de la conversation. Je vous prie d'avoir l'extrême bonté de chercher le volume, et de vouloir bien me l'apporter en venant à Paris. Je n'en ai nul besoin auparavant.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
26 mars 41 • Il n'y a pas moyen qu'un tel état de choses continue. Il
faut absolument tendre à réunir ce qui doit être réuni. Qui aurait cru jamais que le Bon Lafontaine fût loin de
l'Abbaye. Voici deux ans de suite que nous en faisons la
triste expérience.