‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 97 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

28 juin 41 •

Avant-hier, j'ai envoyé à M. Tourguenefî les deux exemplaires de Jeanne d'Arc. Je l'ai vu hier, il m'a dit que les exemplaires étaient partis. Je l'ai prévenu que je lui enverrais aujourd'hui une lettre, ce que je viens de faire. 11 va au Havre. Ma lettre qui contient la vôtre sera remise au capitaine du navire qui va chercher M. de Barante.

Nous avons eu hier une lecture. Combien je vous regrette dans ces moments, sans compter les autres !

Où est M. de Sivry ?

M'"" Récamier travaille tous les jours, depuis six heures jusqu'à sept, avec M. David, pour mettre en ordre ses lettres. Ce travail et ce retour sur le passé la fatiguent beaucoup ; elle se fait mal aux yeux, ce qui lui ôte la faculté de lire et d'écrire.

Ampère ajourne son départ. Il ne partira plus qu'avec M. Lenormant.

M. et M'"'^ Lenormant sont en Normandie.

M. de Tocqueville se met sur les rangs pour l'Académie. Cela m'arrange beaucoup.

M'"*' de Chateaubriand est de retour de son pèlerinage. Le voyage ne l'a point trop fatiguée.

M. de Chateaubriand est décidé à aller prendre les eaux de Néris.

Il faut que j'aie une bien grande confiance en ma découverte pour ne pas être désespéré de tous les retards que j'éprouve.

Je ne pourrai retrouver ma faculté d'écrire que lorsque je serai débarrassé. Je voudrais bien avoir donné à l'homme cette force nouvelle dont j'espère l'enrichir, et ne plus avoir à m'en occuper. C'est un accroc pour ma pensée qui voudrait bien enfin retourner à la Théodicée de l'histoire.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.

100 BALLANGHE ET M""» D HAUTEFEUILLE.

i5 juillet 4i.

Je n'ai pas revu M. de Sivry. II y a apparence que je ne puis plus recevoir de ses nouvelles que par vous. Je vous assure que j'y pense sans cesse.

Je fais construire un nouvel appareil, par l'ouvrier que j'emploie, sans intermédiaire.

Si je me fusse bien porté lorsque j'ai commencé, c'est ainsi que j'aurais fait, et je serais bien plus avancé.

M"*^ Récamier pense beaucoup à vous. EUe s'est mise à relire Léa Cornélia, et cette seconde lecture lui fait un vrai plaisir.

Je n'ai point encore vu paraître le second article de l'Univers sur Jeanne. J'ai parlé deux fois à M. de Genoude pour la Gazette. M. de Chateaubriand a parlé à M. Bertin pour le Journal des Débats.

M'"^ Récamier est toujours à peu près dans la même situation de santé.

Voici que les départs vont commencer.

On parle beaucoup de Comités s'établissant pour les affaires d'Orient. Je crains toujours l'impuissance où nous mettent, d'une part, le stigmate de l'occupation étrangère et, d'autre part, les idées révolutionnaires et les opinions hostiles au gouvernement.

Sans doute la France doit entrer dans la composition de l'avenir, mais je suis de plus en plus persuadé qu'elle a perdu son rôle d'initiative. Elle en a trop abusé et elle serait trop disposée à en abuser encore.

Le christianisme doit hériter tout naturellement de l'islamisme qui meurt. Mais savez-vous que dans les populations grecques, il y a une grande antipathie pour l'Église latine? Savez-vous que les Latins sont en minorité ?

Les conditions du problème malheureusement sont inextricables pour un gouvernement qui veut se préserver, et pour im peuple qui n'a pas le sentiment chrétien.

Mille amitiés. Hébal.

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