‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 99 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

que l'Europe se sauve , puisque l'action de l'Europe doit faire la destinée de l'avenir.

Nous avons failli à la mission, c'est certain, croyez-moi.

Ne voyez- vous pas la rage des journaux de la gauche, lorsqu'on envoie un évèque à Alger, et que le gouvernement français est vertement réprimandé par eux , lorsqu'il envoie quelques secours en Syrie pour réparer les ruines faites aux églises par la collision de l'année dernière.

Vous ne m'avez cru au sujet de l'abbé de Lamennais, que lorsqu'il a bien fallu se rendre à l'évidence.

Malheureusement, vous serez obligée de me croire sur mes tristes pressentiments au sujet de la France.

Ne voyez-vous pas une nouvelle jacquerie en Auvergne ?

Quant au pauvre prince, il me semble que la Providence s'explique ici.

La légitimité de l'exil périt.

La quasi-légitimité se ruine et ne peut survivre à l'autre.

La république est impossible.

Je n'accuse personne, je me contente de gémir.

Hébal.

26 septembre 41 ■

J'ai entre les mains un placard en triple expédition, avec le manuscrit qui y correspond.

Avez-vous quelque chose d'arrangé pour le service des épreuves ?

Votre bux'eau de poste d'Arpajon a-t-il conservé l'autorisation que vous aviez de M. Conte ?

M. Pasquier est mort , et c'est par lui que nous avions obtenu cette autorisation (0.

Demain , j'aurai lu le premier placard ; je vous le renverrai avec mes remarques.

(i) Pasquier (Etienne-Auguste), directeur général des tabacs, mourut le 9 septembre. Il était le grand-père du duc d'Audifl'ret-Pasquier , membre de l'Académie française.

192 BALLANCHE ET »!■"« d'hAUTEFEUILLE.

Il faut bien que je vous explique comment mon premier jugement a été si injuste.

J'ai trouvé le rouleau en rentrant pour me coucher. Je l'ai lu dans mon Ut. J'étais peut-être un peu fatigué , et je deviens très difficile pour lire l'écriture. C'est ce- qui fait qu'à une seconde lecture, j'ai mieux lu, et dune manière plus posée. Enfin, il y a eu de l'ébouriffement.

Si je ne parle plus d'aller à Saint- VraLn, ce n'est pas l'envie qui me manque. Mais savez-vous l'isolement où nous sommes ? M. David est plongé dans une sorte de stupeur depuis la mort de son ami. Le soir, ^1™"= Récamier et moi nous faisons ce que nous pouvons, sans trop réussir. M""" Lenormant a été obligée d'aller passer quelques jours en Normandie. M™^ Récamier est obligée de s'abstenir de lire assez habituellement, et même assez souvent de parler. Moi, je me porte bien, mais ma voix est aussi un peu éclopée. Somme toute, nous sommes trois, plus ou moins blessés. M. de Chateaubriand vient toujours le matin. Mais, le phis souvent, nous sommes seuls. Que voulezvous ? Tout le ménage de l'Abbaye est désorganisé. Nous sommes allés jeudi à Bièvre , chez le docteur Récamier. M. de Chateaubriand a été une journée où il ne saA'ait que devenir, car lui aussi n'a que l'Abbaye. Nos voyageurs nous font une sorte d'exil. Et la mort de M. Pasquier est venue ajouter le deuil à l'exU. Ceci ne durera pas. Mais ce qui durera , c'est l'âge où nous sommes , c'est la tristesse de la situation générale qui constitue une fin de choses.

J'ai été fort content de votre jeune homme , qui dit des merveilles de son élève, ce qui me comble de joie. Écrivez-moi, je vous prie, bien correctement son nom, afin que je puisse parler de lui en le nommant.

Je ne doute point qu'un jour la force de la vapeur ne soit remplacée par celle que je crois pouvoir lui substituer. Mais je vois que ce sera plus long que je ne croyais. J'ai suspendu, parce que je m'étais fixé une limite que je ne

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