‹ BalleFrancheChapitre 14 sur 21 · LA CHASSE · texte numérisé non relu

LA CHASSE

Lorsque N'alah-Olann avait pénétré dans la hutte habitée par les blancs, sous préteite de les avertir de se préparer pour la chasse , son œil investigateur avaiten quelques secondes exploré les recoins les plus cachés de l'habitation.

Le chef indien était trop rusé pour que les manières contraintes du comte et son air embarrassé lui eussent échappé ; mais il comprit que montrer les soupçons qu’il avait conçus, serait impolitique, aussi ne parut-il en aucune façon remarquer la gène causée par sa présence, et il continua la conversation avec cette exquise politesse que possèdent les Peauxjilouges lorsqu’ils veulent s'en donner la peine.

De leur côté, le comte et Balle-Franche avaient presque immédiatement repris leur sang-froid.

« Je n’espérais pas rencontrer mes frères pâles déjà éveillés , dit Natah-ütann avec un sourire.

— Pourquoi donc? répondit le jeune homme, la vie du désert accoutume à peu dormir.

— Ainsi les visages pâles viendront chasser avec leurs amis rouges?

— Certes, à moins que cela ne vous contrarie.

— N’ai-je pas moi-même proposé à l’(JEil-de- Verre de lui faire faire une belle chasse?

Les guerriers se préparant & 1a ctias-e. (‘âge 96. col. 1.)

— C'est juste, dit en ri.mt le jeune homme, mais prenez-y garde, chef, je suis difticiie en diable depuis que je suis dans la prairie; il y a peu de gibier que je n'aie chassé , puisque c'est l'amour seul de la chasse qui m’a poussé dans ces contrées inconnues; ainsi, je vous le répète, il me faut un gibier de chois. »

Natah-Otinn sourit avec orgueil.

« Mon frère sera content, dit-il.

— Ct quel est l'animal que nous allons traquer? demanda le jeune homme avec étonnement.

— L'autruche. »

Le comte lit un geste d'étonnement.

• Comment l'autruche t s’écria-t-il ; c’est impossible , chef. .

— Parce que?...

— Eh, mon Dieu! tout simplement parce qu’il n'y en a pas dans ces régions.

— L'autruche disparaît en effet, elle fuit et recule devant les blancs et devient plus rare de jour en jour, mais elle est encore nombreuse dans les prairies ; dans quelques heures mon frère en aura la preuve.

— Je ne demande pas mieu».

— Bon! tout est convenu; les guerriers terminent leurs préparatifs, bientôt je viendrai prendre mon frère »

Le clic! salua avec courtoisie et se retira après avoir jeté un dernier regard autour de lui.

A peine le rideau de la porte fut-il retombé derrière le chef que le monceau de fourrures qui recouvrait la jeune fille s'agita, et Kleur-de-Liane s'élança auprès du comte.

• Écoute, lui dit-elle en lui saisissant la main quYlle pressa avec tendresse, je ne puis rien t'expliquer en ce moment, le temps me presse ; seulement, souviens-toi que tu as une amie qui veille sur Loi ? *

Et avant que le comte, revenu de son étonnement, eût le temps de lui répondre ou songeât même à la retenir, d'un bond de gazelle elle s'enfuit.

Le jeune homme passa à plusieurs reprises sa1 main sur son front, le regard fixé vers l’endroit où avait disparu l'Indienne.

< Ah! murmurat-H au bout d'un instant, auraisje donc enfin rencôntrè une véritable femme?

— C'est un angel dit le chasseur, répondant à sa pensée; pauvre enfant, elle a bien souffert!

— Oui, mais, je suis là maintenant, et je la protégerai, s'écria-t-il avec exaltation.

— Songeons à nous d'abord, monsieur le comte, et tâchons de nous tirer sains et saufs d'ici ; ce ne sera pas une petite affaire, je vous assurfM

Aussitôt les auliucl.es a’ealumnts (I agu w, col. I.)

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BAI.I.F.-FIÎANr.HF.

— Oui- voulez-vous dire, mon .uni?

— Sufiit ! je m'entends, répondit le vieux cliaçscur en hochant la tête: ne pepsons actuellement qu’à nos préparatifs, nos amis les Peatix-Houges ne tarderont pas à arriver, • ajouta-t-il avec un sonrirc railleur qui ne laissa pas que d’inquiéter le comte.

Mais l'impression causée par les paroles ambiguës du Canadien se dissipa promptement ; l’amour venait subitement d’entrer dans le coeur du jeune homme; il ne songeait plus qu'à une seule chose, revoir celle que déjà il aimait de toutes les forces de son âme.

Chez un homme comme le comte de Beaulieu , doué d’une organisation de feu, tout sentiment devait nécessairement être poussé à l'extrême; ce fut en cette circonstance ce qui arriva.

Je ne sais qui 6 dit que l’amour n’est autre chose qu'une folie temporaire ; celte appréciation, peutêtre brutale, de ce que l’on est convenu d'appeler un des plus nobles sentiments de l’homme, est cependant d’une rigoureuse exactitude.

L'amour ne se commande ni ne s'évite; on ne sait ni quand ni pourquoi il vient, ni quand ni pourquoi il t’en va: quand il entre dans teneur d’un boni me. il y commande en maitre, courbant sous sa volonté de fer les caractères les plus énergiques, et leur faisant commettre, selon les circonstances, de grandes lâchetés ou de grands actes d'héroïsme.

b’amour naît d'un mot, d’un geste, d’un regard, et à |ieine né, if devient subitement un géant.

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