LA PETITE PROPRIÉTÉ
Il n'y a que des habitudes d'association qui puissent reme'dier à cela... Avec de bonnes banques agricoles, on peut faire d'excellentes cultures en petit. Mais chez nous, suivant l'usage national, on a mis la charrue avant les bœufs. On a commence' par où il aurait fallu finir (le système démocratique une fois admis). Il fallait cre'er l'esprit d'association, puis faire notre loi de succession (i). »
Et il fallait aussi e'tablir et organiser, à côté du droit individuel de posséder, le droit de propriété collective. Peut-être le collectivisme ne cessera-t-il de nous menacer qu'au jour où nous aurons su conquérir cette liberté, et en user. Alors le peuple, et en particulier le peuple des campagnes, pourra orienter vers un but positif ses efforts et ses rêves. Alors, loin de se mettre à la remorque des partis révolutionnaires, il aura conscience qu'il est le premier de ceux auxquels les partis révolutionnaires s'attaquent : il deviendra le plus tenace défenseur de la paix, c'est-à-dire de la tranquillité dans l'ordre et de l'ordre dans la justice. Les justes et les pacifiques n'auront pas d'auxiliaire plus sûr.
(i) Lettres inédites de Prosper Mérimée. (Revue des Deux- Mondes, i5 mars 1897.)
Balzac n'aura pas été étranger à ce résultat et à ce progrès. Quand on pense à l'impétuosité du courant individualiste qu'il falkit endiguer, et à l'époque déjà lointaine où il publia ses œuvres les plus célèbres, on ne saurait trop le louer de sa clairvoyance, fût-elle partielle, et de sa vigueur. Et lors même que nous ne pourrions pas tout prendre de ses conclusions, ni nous en tenir à elles seules, il n'en mérite pas moins d'être considéré comme un de ceux qui ont le plus fait pour tourner vers les populations rurales l'attention inquiète de son siècle.