DE CAMPAGNE
S I. — Le Prêtre, dans l'œuvre de Balzac.
Parmi les « supériorités sociales » auxquelles Balzac assigne la tâche de re'générer les campagnes, il faut placer au premier rang le cure'. Les cure's, certes, ne manquent point dans son œuvre. Mais tous ne se ressemblent pas. Le peintre a su varier ses modèles. Et, par exemple, il a ses me'daillons de « chanoines », de « saints prêtres » , d' « apôtres » , qui portent bien sa marque et qu'il a mis en lumière avec une précision voulue. — Ne s'estil donc pas complu à fixer, lui aussi, la
silhouette vaine du « célibataire » honnête qui fréquente les salons et les salles à manger, et use, suivant ses aptitudes, de tabac à fumer ou de tabac en poudre ? Tel est le Curé de Tours : ce pauvre vicaire (car c'est un vicaire) qui se meurt d'envie d'être chanoine, finit par le devenir et n'y gagne rien. Tel est encore un certain chanoine Cruchot (et, à ce propos, chacun sait que, de Lousteau à Gaudissart, Balzac se faisait gloire de nommer comme il faut ses personnages). Avare donc, vieux, malpropre, M. Cruchot n'a qu'une idée, à laquelle il tient inébranlablement : assurer à son neveu un « beau » mariage qui l'aiderait à réaliser à la mort des parents quelque cent mille livres de rentes (i).
A côté de ces « gros prêtres retirés dans leur cure comme le rat dans son fromage (2) »,
(1) Voici encore l'abbé Taupin, un curé de petite ville, que Balzac a mis en scène avec toute sa verve malicieuse et plaisante. Il nous montre « cet habile ecclésiastique, tout acquis à la première société, bon et complaisant avec la seconde, apostolique avec les malheureux... Il appartenait au pays et à la médiocratie avonnaise. Il dînait toujours en ville, il économisait, il allait aux noces et s'en retirait avant le bal ; il ne parlait jamais politique; il faisait passer les nécessités du culte en disant : c'est mon métier! Et on le laissait faire en disant de lui : nous avons un bon curé... L'évèque, qui connaissait les gens de Soulanges, sans s'abuser sur la valeur du curé, se trouvait heureux d'avoir dans une pareille ville un homme qui faisait accepter la religion, qui savait remplir son église et y prêcher devant des bonnets endormis. » Les Paysans.
(2) Les Paysans.
il n'était que juste, on en conviendra, de nous présenter quelques ecclésiastiques pieux. Balzac n'y a pas manqué. Voici, entre autres, l'abbé Loraux, un « saint prêtre », vicaire de Saint-Sulpice (les vicaires de Saint-Sulpice ont une belle place dans la Comédie humaine) (i) : «< Son visage rechigné, laid jusqu'à repousser la confiance, avait été rendu sublime par l'exercice des vertus catholiques ; il y brillait par avance une vertu céleste. Une candeur infuse dans le sang reliait ses traits disgracieux, •et le feu de la charité purifiait les lignes incorrectes (2). » Toute sa mission, d'ailleurs, est de consoler les affligés, d'annoncer doucement les mauvaises nouvelles et d'assister les mourants : il est le conseiller et le guide officiel ■des familles.
Mais on se tromperait singulièrement, si Ton pensait qu'ayant à examiner l'âme du prêtre, Balzac s'est arrêté à l'un de ces jugements hâtifs qui sont le lot commun des écrivains superficiels. Mis en face d'une étude dont on fie saurait méconnaître, au seul point de vue
(1) Par exemple, dans Melmoth réconcilié : «c De grâce, ■envoyez-moi chercher une voiture et un prêtre, le vicaire de Saint-Sulpice... »
(2) César Birotteau.
psychologique, l'exceptionnel et haut inte'rêt, il l'a aborde'e avec dignité', sympathie, se'rénité. Et dans le prêtre, c'est bien le prêtre qu'il a vu, c'est-à-dire l'homme de prière et l'homme d'oeuvre, un des « leviers de la civilisation. » Auprès du « saint homme », et du bon chanoine, il a donne' une place à « l'apôtre. » Au delà de ces personnages de maison bourgeoise ou de noble salon, de sanctuaire ou de sacristie, il a su voir et représenter, dans ses rapports avec le peuple, l'homme de l'Eglise et le faire mouvoir à travers les e'volutions changeantes du siècle.
Ecoutons l'un de ses he'ros :
« J'ai longtemps hésite' à me faire cure', médecin de campagne ou juge de paix. Ce n'est pas sans raison, mon cher monsieur, que l'on assemble proverbialement les trois robes noires : le prêtre, l'homme de loi, le me'decin... Eh bien, je crois que le progrès de la civilisation et le bien-être des masses de'pendent de ces trois hommes... Ces trois professions... peuvent seules offrir constamment à un homme de bien les moyens efficaces d'ame'liorer le sort des classes pauvres (i)... » — « Si j'avais à
[i) Le Médecin de campagne.
LE PRÊTRE DANS L'ŒUVRE DE BALZAC 5ç>
recommencer la vie, peut-être entrerais-je dans un séminaire et voudrais-je être un simple cure' de campagne ou l'instituteur d'une commune (i). »
C'est donc au point de vue social, quoique dans le cercle restreint de la vie rurale, que Balzac a e'tudié l'action du prêtre. Et il a assez nettement indiqué les conditions nouvelles de l'apostolat sacerdotal pour avoir, voilà plus de soixante ans, e'mis des vœux dont la portée, aujourd'hui encore, est immense. Les cure's de village dont il a analyse' la physionomie complexe gardent, au milieu des troubles de ce temps, une vie singulière : comme les saints lumineux dont parlent les hagiographes, ils peuvent éclairer le monde qui s'en va et le monde qui vient. — Le prêtre doit-il se contenter de pleurer et de prier « entre le vestibule et l'autel », ou faut-il qu'il descende dans la rue et se jette dans la mêlée? Et, s'il prend ce dernier parti, dans quel but et pour quelles entreprises ? Où cherchera-t-il un point d'appui : en haut ou en bas, dans les « classes dirigeantes » ou dans le peuple, dans le pouvoir politique ou auprès des « autorités sociales ? »
(i) Le Curé de village.
Poser cette question, c'est encore atteindre, dans le vif, les angoisses et les pre'occupations de l'âme contemporaine (i).
( i ) Le lecteur qui n'en serait pas encore convaincu n'aurait qu'à lire, pour s'édifier pleinement, soit les Lettres d'un Curé de campagne et les Lettres d'un Curé de canton publiées naguère par M. Yves Le Querdec, soit le volume récent de Y Action Populaire : Prêtres de France à la ville et aux champs.
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§ II. — Un curé dauphinois :
l'abbé Janvier.
Dans le Médecin de campagne, où il a exposé avec le plus d'ampleur ses théories sociales et son plan de re'forme, Balzac a donné à M. Benassis, son he'ros principal, un auxiliaire qui sait le comprendre et le seconder : l'abbé Janvier. A l'entendre, ce n'e'tait pas facile à rencontrer. Car ce que souhaitait le médecin, devenu maire, c'e'tait l'amélioration matérielle, intellectuelle et religieuse, donc la transformation intégrale d'une commune abandonne^ des montagnes du Dauphine'. Quelle audace il fallait pour re'ussir !
Un jour que M. Benassis, pour empêcher l'idiotisme d'étendre peu à peu sa contagion à tout un hameau, avait fait transporter de nuit, dans un village écarté où on devait les bien traiter, « une douzaine de crétins », il s'attira, pour ce bienfait, les malédictions des paysans. » « Aussitôt que cet acte d'humanité fut connu.
je devins, dit-il, en horreur à toute la population. Le cure' prêcha contre moi. Malgré mes efforts pour expliquer aux meilleures têtes du bourg combien e'tait importante l'expulsion de ces cre'tins, malgré les soins gratuits que je rendais aux malades du pays, on me tira un coup de fusil au coin d'un bois. J'allai voir l'e'vêque de Grenoble et lui demandai le changement du cure'. Monseigneur fut assez bon pour me permettre de choisir un prêtre qui pût s'associer à mes œuvres, et j'eus le bonheur de rencontrer un de ces êtres qui semblent tombés du ciel. »
Au fait, l'abbe' Janvier n'e'tait pas un homme ordinaire. S'il s'attache, ainsi qu'il le de'clare lui-même, à faire « coïncider les dogmes de la religion catholique avec les vues administratives » du me'decin, ne croyez pas ne'anmoins qu'il rêve l'impossible et qu'il exige de ses paroissiens plus qu'ils ne sont en mesure de donner. « Monsieur, il ne faut s'attendre à trouver des anges nulle part, ici-bas », ni surtout chez les pauvres gens d'aujourd'hui. Et en voici la raison : « Partout où il y a misère, il y a souffrance. La souffrance, la misère sont des forces vives qui ont leurs abus comme le pouvoir a les siens. »
C'est donc à la misère qu'il est logique de
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s'attaquer d'abord. Mais que penser de ceux qui n'ont pas cette excuse et qui, nonobstant, ne sont pas des « anges?» Pourquoi n'est-ce pas la foi, avec de courageuses leçons de vertu, qui, des hauteurs sociales, descend au peuple des ouvriers et des paysans? Pourquoi même est-ce le contraire? « Aujourd'hui les riches et les pauvres nous donnent autant de mal les uns que les autres. » Là est le danger, auquel il est urgent qu'on remédie.
Aussi, dit l'abbé Janvier, « tout en me soumettant à la discipline eccle'siastique et à la pensée de mes supe'rieurs, je crois que, pendant longtemps, nous devrions être moins exigeants sur les questions du culte et tâcher de ranimer le sentiment religieux au cœur des régions moyennes, là où on discute le christianisme au lieu d'en pratiquer les maximes. Le philosophisme du riche a été d'un bien fatal exemple pour le pauvre et a cause' de trop longs interrègnes dans le royaume de Dieu. Ce que nous gagnons aujourd'hui sur nos ouailles de'pend entièrement de notre influence personnelle ; n'est-ce pas un malheur que la foi d'une commune soit due à la considération qu'y obtient un homme? Lorsque le christianisme aura de nouveau fécondé l'ordre social, en imprégnant toutes les classes de ses
doctrines conservatrices, son culte ne sera plusalors mis en question... »
Que serait-ce, en effet, qu'une religion qui n'aurait pour e'vangile qu'un rituel, et dont l'influence serait nulle sur la pratique même et la direction de la vie? — Et ce n'est pas ce qu'on appelle les gouvernements modernes qui mettront obstacle à cette action vitale du Catholicisme : l'Eglise n'est pas lie'e aux vieux re'gimes ; loin de là. « L'Eglise... a offert le modèle parfait du gouvernement que les hommes cherchent à e'tablir aujourd'hui. Le principe de l'élection en a fait longtemps une grande puissance politique... vos élections plébéiennes, le jury et les deux Chambres ont pris racine dans les conciles provinciaux et œcume'niques, dans l'e'piscopat et le collège des cardinaux ; à cette différence près, que les idéesphilosophiques actuelles sur la civilisation me semblent pâlir devant la sublime et divine idée de la communion catholique, image d'une communion sociale universelle, accomplie par le Verbe et par le fait réunis dans le dogme religieux. »
Si, par ce côté, l'Eglise se rapproche du< peuple des pauvres et des « déshérités », ce n'est point pour s'en éloigner volontairement par ailleurs et dans les conditions de son
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existence. Sa force vraie, entendons-le, est dans sa vie intime, dans la puissance même de son organisme, et non dans les profits humains que parfois elle en retire. « L'Eglise a eu des possessions territoriales, et ses inte'rêts temporels, qui paraissaient devoir la consolider, ont fini par affaiblir son action. En effet, le prêtre a-t-il des proprie'te's privile'gie'es, il semble oppresseur; l'Etat le paye-t-il, il est un fonctionnaire; il doit son temps, son cœur, sa vie; les citoyens lui font un devoir de ses vertus, et sa bienfaisance, tarie dans le principe du libre arbitre, se dessèche dans son cœur. Mais que le prêtre soit pauvre, qu'il soit volontairement prêtre, sans autre appui que Dieu, sans autre fortune que le cœur des fidèles, il redevient le missionnaire de l'Amérique, il s'institue apôtre, il est le prince du bien... (i). »
Balzac n'en dit rien : mais, pour donner à ses affirmations, vers i832, cette chaleur et cette vertu comniunicatives, l'abbe' Janvier ne les avait-il pas trouvées dans les colonnes de Y Avenir ?
(i) Nous avons reproduit aux Documents, § vin, le texte complet de ces déclarations.
§ III. — Un curé bourguignon :
l'abbé Brossettes.
L'abbé Brossettes, des Paysans, nous représente assez bien, lui aussi, ce qu'ont dû être, vers ce temps-là, les humbles curés de campagne qu'avait conquis à son esprit, sinon à toutes ses doctrines, la jeune et brillante école de Y Avenir. « Cet abbé, quatrième fils d'une bonne famille bourgeoise d'Autun, était un homme d'esprit, portant le rabat très haut. Petit et fluet, il rachetait sa piètre figure par cet air têtu qui sied aux Bourguignons. Il avait accepté ce poste secondaire par dévouement ; car sa conviction religieuse était doublée d'une conviction politique. Il y avait en lui du prêtre des anciens temps; il tenait à l'Eglise et au clergé passionnément; il voyait l'ensemble des choses, et l'égoïsme ne gâtait pas son ambition : servir était sa devise ; servir l'Eglise et la monarchie sur le point le plus menacé, servir au dernier
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rang comme un soldat qui se sent destine', tôt ou tard, au ge'ne'ralat par son désir de bien faire et par son courage. »
Il causait bien et avait, au reste, des ide'es. Il fréquentait au château où il trouvait noble compagnie : avec le comte de Montcornet, ancien ge'ne'ral de l'Empire, la comtesse et Blondet, un e'crivain parisien, il faisait assidûment « le quatrième au whist. » Le whist, il est vrai, ne l'empêchait pas de remplir son devoir à l'égard des riches si, peut-être, il contribuait à lui aliéner l'esprit de ses paroissiens. Car le château était le cauchemar des paysans, ameutés par les cabaretiers, les beauxparleurs et les usuriers du village. Il y avait des prétextes, sinon de bonnes raisons. Le général de Montcornet avait succédé dans sa propriété des Aiguës, à Blangy, à une actrice opulente qui avait, par son égoïsme, « trahi la cause de ceux qui possèdent, tous en butte à la haine de ceux qui ne possèdent pas. » Luimême sans outrepasser son droit, mais en s'y tenant strictement, sans léser les autres, mais en n'adoucissant point par des concessions spontanées les rigidités légales, s'était attiré la haine sourde des pauvres gens.
Le curé, par contre-coup, en souffrait. Il avouait un jour à Blondet : « Je suis un paria ;
on m'espionne comme l'ennemi commun ; je suis forcé d'ouvrir à tout moment les yeux et les oreilles de la prudence pour e'viter les pièges qu'on me tend, afin de se débarrasser de moi. J'en suis, entre nous, à me demander s'ils ne me tireront pas un coup de fusil... »
Ces paysans sournois qui se de'fiaient de lui, sans jamais le lui dire en face, il les aimait pourtant. De'voué à leurs inte'rêts, il avait l'intelligence de leurs besoins, et, comme l'abbé Janvier, il excusait leurs fautes ou leurs crimes par leur misère qui e'tait, disait-il, leur « raison d'Etat. » Si l'instabilité' de leur situation économique et morale lui apparaissait comme un pe'ril grave et une menace perpétuelle, il y voyait aussi un champ d'action immense et nouveau pour son zèle. Il discerne et de'peint à merveille cet amour profond de la terre qui est toute la conscience du paysan. C'est à la ténacité de cet amour, — une passion, — qu'il attribue les troubles de Blangy et les explosions de haine qu'il pressent ; et il en rejette sur l'émancipation révolutionnaire de 1789 toute la responsabilité.
Ah! comme il souhaiterait de trouver enfin l'homme riche et bienfaisant tout ensemble qui saurait comprendre les besoins du peuple d'aujourd'hui! En s'efforçant de les sat-sfaire
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dans la juste mesure, il se sauverait lui-même en même temps qu'il serait pour le prêtre l'auxiliaire nécessaire de son apostolat.
« Comment, Madame, est-ce que la difficulté' de faire le bien ici vous détournerait de le tenter? Voici cinq ans que je couche sur un grabat, que j'habite un presbytère sans meubles, que je dis la messe sans fidèles pour l'entendre, que je prêche sans auditeurs, que je suis desservant sans casuel ni supple'ment de traitement, que je vis avec les six cents francs de l'Etat, sans rien demander à Monseigneur, et j'en donne le tiers en charite's... Enfin, je ne de'sespère pas ! Si vous saviez ce que sont mes hivers ici, vous comprendriez toute la valeur de ce mot ! Je ne me chauffe qu'à l'ide'e de sauver cette vallée, de la reconquérir à Dieu ! Il ne s'agit pas de nous, Madame, mais de l'avenir. Si nous sommes institue's pour dire aux pauvres : Sachez être pauvres, c'est-à-dire : souffrez, re'signez-vous et travaillez ! nous devons dire aux riches : Sachez être riches ! c'est-à-dire : soyez intelligents dans la bienfaisance, pieux et dignes de la place que Dieu vous assigne! Eh bien, Madame, vous n'êtes que les dépositaires du pouvoir que donne la fortune et, si vous n'obéissez pas à ses charges, vous ne la trans-
mettrez pas à vos enfants comme vous l'avez reçue. Vous dépouillez votre poste'rité. Si vous continuez l'e'goïsme de la cantatrice qui, certes, a cause' par sa nonchalance le mal dont l'e'tendue vous effraie, vous reverrez les e'chafauds où sont morts vos pre'de'cesseurs pour les fautes de leurs pères. Faire le bien obscurément dans un coin de terre, comme Rigou (i), par exemple, y fait le mal ! ah ! voilà des prières en action qui plaisent à Dieu !... Si, dans chaque commune, trois êtres voulaient le bien, la France, notre beau pays, serait sauve'e de l'abîme où nous courons, et où nous entraîne une religieuse indiffe'rence à tout ce qui n'est pas nous !... Changez d'abord, changez vos mœurs et vous changerez alors vos lois... »
L'abbé Brossettes a beau supplier, menacer, prophe'tiser ; la comtesse re'pond : Nous verrons et pre'pare tranquillement le repas du soir. Comme le curé avait raison de méditer, en s'en retournant, sur le festin de Balthazar et d'y voir « le symbole éternel des derniers jours d'une caste, d'une oligarchie, d'une domination ! »
A vrai dire, pourtant, le général et sa femme
(i) Un moine renégat.
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finissent par « essayer de la bienfaisance. » Essai timide et tardif, dernier expédient de la peur, alors qu'il eût fallu l'initiative hardie et l'abandon généreux de l'amour ! Tous deux s'appliquent, sous la direction du cure', à secourir les pauvres et à les assister par le travail; on les compte, on en dresse la liste, on les reçoit « dans une belle salle d'attente, dallée en marbre blanc et rouge, ornée d'un beau poêle en faïence, garnie de longues banquettes couvertes en velours rouge. » Il est trop tard. Ces efforts, plutôt inspirés par l'intérêt personnel et l'instinct de la conservation, n'arrêtent pas la lutte et lui donnent même un aliment nouveau. Les vaincus, à leur tour, deviennent les vainqueurs. Les rôles sont changés : les « maîtres » obéissent et cèdent au prestige de la force et du nombre. A bout de ressources, les châtelains vendent les Aiguës et abandonnent enfin la place à leurs ennemis.