Corresp., II
Nous la retrouverons encore très nettement formulée dans une page de sa correspondance \ au cours d'un voyage qu'il fit en 1830 sur la Loire, de la Touraine à la Bretagne : « Je sentais, dit-il en décrivant ses impressions de route, mes pensées grandir avec ce fleuve qui, près de la mer, devient immense! Oh, mener une vie de Mohican... Oh! que j'ai conçu le sauvage! Oh, que j'ai admirablement compris les Corsaires, les aventuriers, les \ les d'opposition (!). Et là, je me disais : La vie, c'est du courage, de bonnes carabines, l'art de se diriger en pleine mer, et la haine de l'homme (de l'Anglais par exemple) ! Oh, trente gaillards qui s'entendraient et mettraient bas les préjugés... Il me semble que l'Océan, un brick et un vaisseau anglais à démolir, quitte à s'engloutir, c'est quelque chose de mieux qu'une écritoire, une plume et la rue Saint-Denis !» — Or il a plus de trente ans quand il signe ces lignes et il a commencé d'écrire ses premières œuvres de marque. Qua le voilà loin pourtant de la Préface générale qu'il leur donnera par la suite, avec cet individualisme puéril de collégien qui robinsonne, avec cette conception naïvement byronienne de l'existence ! Elle n'a guère cessé de s'imposer à l'imagination du fougueux touriste et cette exclamation de désir caractérise bien sa voie préférée de progression vers le pouvoir : une association de surhommes, unissant des forces pliysiques el psychiques exceptionnelles pour réaliser un prodigieux résultat aux dépens des faibles ! Telle est la hantise qui scfait partout sentir, de façon souterraine, en son œuvre, pour y sourdre çà et là vers la surface et s'élancer parfois en jaillissements imprévus.
Nous comprendrons mieux au surplus une tellepréoccupation de sa pensée, si nous considérons, d'après son très consciencieux critique et biographe récent, M. Le breton, l'une des sources principales de sa production romanesque,