‹ Balzac et la morale romantiqueChapitre 30 sur 32 · i.onesp., 1, loi · texte numérisé non relu

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à savoir le roman populaire et le drame do faubourgs tels que les avait fait la génération révolutionnaire en France, c'est-à-dire, selon moi, la seconde génération rousseauiste ou romantique. Restif de La Bretonne, Pigault-Lebrun, Ducray-Duminil, Mercier et Guilbert de Pixérécourt avaient été, parmi nous, les célébrités de cette basse littérature. Puis, dans ce romantisme plébéien, l'Angleterre était venue renforcer les tendances au mysticisme diabolique par le succès européen d'Anne Radcliffe, l'auteur des Mystères du château (ÏUdolphe et de Lewis, auteur du Moine et de la Nonne sanglante, enlîn de Maturin, auteur de Melmoth ou l'Homme Errant.' d^ dernier récit surtout a évidemment laissé une impression profonde dans la mémoire de Balzac.

Obligé de gagner sa vie par sa plume dès l'âge de vingt ans, Honoré n'hésita pas à pasticher ces grands succès du roman populaire qui, seuls, avaient alors une valeur vénale sur le marché de la librairie et dont, sans grand effort, il fit siens le faux lyrisme, le phébus sentimental et le jargon rousseauiste. C'est pourquoi ses œuvres de début, Argow le pirate, Jane la pâle, Doni Gigadas nous semblent parfois des parodies involontaires de la Nouvelle Héloïse ou de Delphine. Par certains traits, ces productions du haut et du bas romantisme se ressemblent en effet, les plus tard venues exploitant seulement avec moins de scrupule encore que les premières les passions qui survivaient chez les fils ou les filles des Septembriseurs de 1792 ou des Tricoteuses de 1793. — Certes de moins troubles influences sont venues relever l'art balzacien dans la suite pour le porter enfin au degré éminent qu'il devait atteindre parfois ; on n'en rencontre pas moins avec surprise dans la Comédie humaine bien des Mohicans en escarpins vernis, bien des Conrads en gants jaunes, car l'auteur restera toujours menacé de rechute inopinée dans ce romantisme vulgaire qui lui fournit son inspiration initiale.

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Rédipreant la biograpliie de son maître et ami pour l'édition Houssiaux de l'œuvre balzacienne, Théophile Gauthier raconte qu'Honoré, déjà mûr et célèbre, espérait encore réaliser ce projet d'association dominatrice dont nous l'avons vu esquisser le plan en 1830. Il fonda, dans cette intention, une certaine confrérie du 6/tcval rouge donl les affiliés, désic^nés sous le nom « de chevaux », étaient priés de temps à autre, avec le plus grand mystère, de se rendre à telle « écurie », c'est-à-dire au domicile de l'un d'eux, pour y causer de leurs communes ou particulières entreprises de conquête. Dans le monde, ils devaient s'aborer froidement afin que rien ne pût trahir leur étroite et efficace connivence. — Gauthier ajoute que l'Association du Cheval rouge n'eut pas plus de quatre ou cinq réunions.

C'est à peu près sur ce modèle que Balzac imagine la confrérie qui associe son Gobseck aux principaux usuriers de Paris. Ils sont là, dit-il, une dizaine, tous rois silencieux et inconnus, arbitres tout puissants des destinées de leurs concitoyens par la puissance de leur or. Ils se rassemblent certains jours au café Thémis, près du Pont-Neuf pour se révéler tous les mystères de la finance. Nulle fortune ne saurait leur mentir car ils possèdent le secret de toutes les familles. Casuistes de la Bourse, ils ont créé un nouveau Saint-Office où se jugent et s'analysent les actions les plus indifférentes en apparence de tous les gens qui possèdent une fortune quelconque. Gobseck, pour sa part, est chargé de surveiller les fils de famille, les artistes, les gens <iu monde, les joueurs, en un mot la partie la plus émouvante de la société parisienne.

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