PREFACE
faire illusion à un historien tel que Taine, mais qui a érigé en Raison un Dieu-Nature, un ensemble d'idées sans doute, mais aussi d'affections et d'émotions. Au fond de ce mysticisme il y a la conviction que le peuple, pris dans son ensemble comme une unité, ou pris dans sa partie le plus vraiment « populaire», le prolétariat, est naturellement bon : c'est le renversement de l'orgueilleuse affirmation sur laquelle sont fondées les aristocraties. C'est là une exagération contre laquelle doit réagir une éducation vraiment nationale.
Terminons par un mot sur la méthode. Il y a une critique qu'on pourrait appeler statique. Elle résout l'état d'âme d'un individu ou d'une société en ses composantes actuelles. Telle est la méthode de Taine, l'explication par la race, le lieu, le moment. Elle est intellectualiste ; elle analyse, autant que possible, une pensée complexe en pensées élémentaires. Autre nous paraît être la méthode de M. Seillière et de son pénétrant interprète. Elle se préoccupe sans doute du contenu intellectuel de la pensée, mais elle en recherche aussi et surtout le fond émotionnel- Et elle est d'essence dynamique ; elle étudie l'âme en mouvement; elle décrit des courants d'idées et plus encore de sentiments, les suit dans leur marche sinueuse, les regarde avec curiosité s'entremêler, se séparer, se retrouver, se confondre ensemble. Méthode d'une application difficile, mais combien intéressante et instructive ! Entre Rousseau et Fénelon la ressemblance n'apparaît pas d'abord ; mais, une fois l'attention attirée sur une certaine similitude de ton, on saisit des affinités internes, je ne sais quelle parenté musicale entre ces deux grands virtuoses de l'art de la prose, — musique antérieure à celle de la phriise, musique plus profonde que celle des sons, thème et aussi accompagnement communs des exaltations les plus diverses de l'âme moderne.
H. Beugsox.